vendredi 8 septembre 2017

BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC


Biopic/Thriller/Policier/Bien mené & bien rythmé, Tom Cruise est très bon, super sympa !

Réalisé par Doug Liman
Avec Tom Cruise, Sarah Wright, Domhnall Gleeson, E. Roger Mitchell, Jesse Plemons, Caleb Landry Jones, Lola Kirke, Alejandro Edda...

Long-métrage Américain
Titre original : American Made 
Durée : 01h55mn
Année de production : 2017
Distributeur : Universal Pictures International France 

Date de sortie sur les écrans américains : 29 septembre 2017
Date de sortie sur nos écrans : 13 septembre 2017


Résumé : Trafiquant. Informateur. Patriote. L’un des hommes les plus fortunés de l’Amérique des années 80 est une personne dont vous n’avez jamais entendu parler. Avec son insolente démarche chaloupée et sa joie de vivre indécrottable, le pilote de la compagnie TWA : Barry Seal (Tom Cruise) faisait figure de héros dans sa petite ville paisible du Sud des États-Unis. À la grande surprise de sa femme Lucy (Sarah Wright Olsen), ce charmant entrepreneur et pilote respecté va devenir un acteur majeur d’un des plus gros scandales de l’histoire contemporaine.

Comment auraient-ils pu s’imaginer que ce qui avait commencé par l’acheminement clandestin de marchandise allait amener Barry à participer à la constitution d’une armée et au fi nancement d’une guerre ? Une fois impliqué dans les agissements douteux d’une division quelque peu obscure du gouvernement – transportant des caisses de fusils d’assaut AK-47 et de la cocaïne par kilos - le crack de l’aviation va se faire une fortune et devenir l’un des éléments-clés de l’affaire Iran-Contra, aussi connue sous le nom d’Irangate.

De la vente d’armes sous couvert de libération d’otages à l’assistance militaire secrète à des barons de la drogue latinoaméricains, Barry Seal devient un héros improbable travaillant à l’encontre du système. Mais, comment parvient-il à dormir sur ses deux oreilles ? Rien n’est illégal tant qu’on est du côté des gentils.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséDoug Liman, le réalisateur, nous propose une version dynamique, colorée et pédagogique de la vie et de l'œuvre de Barry Seal, un trafiquant qui retourne sa veste aussi vite qu'il fait décoller ses avions. Il réussit à rendre le film fluide et clair par l'utilisation de croquis explicatifs, tout en gardant le cap en déployant la chronologie de son scénario, oscillant entre vie privée, accomplissement "professionnel" et Histoire. Il inclut tous ces sujets et nous entraîne dans cette aventure avec intensité et humour. Il nous offre de belles images qui feront plaisir aux amateurs d'aviation sur une bande son entraînante. 

Doug Liman, le réalisateur, sur le tournage du film
L'ensemble fonctionne parfaitement bien, l'ambiance de l'époque est parfaitement retransmise, le rythme ne faillit pas et on a vraiment plaisir à découvrir ce personnage hors du commun. Certes, Barry n'est pas un exemple à suivre, mais on peut dire qu'il a eu une vie bien remplie autant en actions qu'en émotions. Et il l'a vécue à sa façon. Le réalisateur ne moralise pas son scénario et nous laisse faire le bilan par nous-même. 

Tom Cruise trouve en Barry Seal un rôle qui lui sied parfaitement. Il enfile ce costume de tête brûlée, pas mauvais gars dans le fond, mais pas trop regardant non plus sur les implications de ses actes. Il joue avec l'humour du personnage et le rend attachant. On ressent de l'empathie pour lui.




Domhnall Gleeson est lui aussi excellent dans le rôle de l'agent Monty Schafer, qui a du flair et est un bel embobineur carriériste. 



Tout le casting tient parfaitement son rôle, sans aucune fausse note. 





BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC ne ressemble pas aux biopics bancals et souvent ennuyeux. Bien que ce soit son thème, il s'en éloigne pour laisser l'aventure et l'humour prendre leurs envols. Le ton est léger, la forme dynamique et le fond est bien présent. C'est une réussite !

NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Sous la forme d’une escapade internationale, BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC raconte les exploits incroyables mais vrais d’un pilote arriviste recruté de manière inattendue par la CIA afin de mener à bien l’une des plus grosses opérations secrètes de l’histoire des États-Unis.

Tom Cruise y retrouve Doug Liman, le réalisateur d’EDGE OF TOMORROW (2014). Il est rejoint par les acteurs Domhnall Gleeson, dans le rôle de l’agent Monty Schafer, contact de Barry au sein de la CIA ; Sarah Wright Olsen, Lucy, la femme de Barry ; E. Roger Mitchell, l’agent spécial du FBI Craig McCall  ; Jesse Plemons, Downing, le shérif de la petite ville de Mena, dans l’Arkansas, qui regarde d’un œil douteux les activités parallèles de Seal ; Lola Kirke, Judy Downing, la femme du shérif ; Alejandro Edda, le narcotrafiquant colombien Jorge Ochoa ; Benito Martinez, James Rangel, à la tête de la DEA, le service fédéral de lutte contre le trafic de stupéfiants ; Mauricio Majía, le célèbre narcoterroriste de Medellín Pablo Escobar ; Caleb Landry Jones, JB, le frère cadet et manipulateur de Lucy, et Jayma Mays, l’avocate Dana Sibota, bien déterminée à mettre Barry derrière les barreaux une bonne fois pour toutes.

Écrit par Gary Spinelli, le film est produit par Brian Grazer d’Imagine Entertainment, récompensé aux Oscars ; Tyler Thompson de Cross Creek Pictures ; Doug Davison de Quadrant Pictures ; Kim Roth, Brian Oliver et Ray Angelic. Doug Liman est assisté par une équipe technique composée du directeur de la photographie César Charlone, du chef décorateur Dan Weil, du chef monteur Andrew Mondshein, de la chef costumière Jenny Gering et du compositeur Christophe Beck. Le film a pour producteurs délégués Paris Latsis, Terry Dougas, Brandt Andersen, Eric Greenfeld, Michael Finley, Michael Bassic et, Ray Chen, et comme co-producteurs délégués Ryan Ahrens et Lauren Selig.

ONLY IN AMERICA : L’ÉLABORATION DU FILM

En 2012, Doug Davison, de la société Quadrant Pictures, était à la recherche de nouvelles idées de films à développer. Il rencontre le scénariste novice Gary Spinelli. Après quelques pitches dont aucun ne semble enthousiasmer le producteur, Spinelli mentionne une dernière idée sur laquelle il travaille alors. Ayant récemment vu ARGO (Ben Affl eck, 2012), il s’était alors penché sur un autre scandale qui avait explosé à la même époque et qui impliquait la CIA. Après quelques recherches sur les acteurs-clés de l’affaire, il découvre alors l’existence de Barry Seal, un personnage fascinant de l’histoire récente des États-Unis, dont le bagou et le zèle avaient marqué tous ceux qui l’avaient rencontré. « Gary a commencé à me décrire en substance l’histoire de Barry et le déroulement de ses aventures. L’homme n’était pas juste un trafiquant, c’était un mari et un père de famille aimant qui menait une double vie », se souvient le producteur. « Le genre d’histoire que j’avais clairement envie de raconter ».

Le scénariste était fasciné par le fait que Seal, de la fin des années 70 jusqu’au milieu des années 80, s’était quotidiennement et impunément livré à des activités tout ce qu’il y a de plus illégales, ce qui semblait impossible de nos jours. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où prône la transparence, nous sommes soumis à un fl ux constant d’informations, et scandales et complots se déroulent en direct. « LES AFFRANCHIS (Martin Scorsese, 1990) est un de mes films préférés. J’étais à la recherche d’une histoire semblable, un détail caché de notre histoire récente, quand je suis tombé sur ce qui allait devenir BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC », se souvient Gary Spinelli. « Des agissements a priori mineurs qui ont participé à des événements majeurs, quand je suis tombé sur l’histoire de Barry Seal, à Mena, dans l’Arkansas ». Six mois durant, producteur et scénariste se sont documentés sur tout ce qui avait trait à Seal. Au cours de leurs recherches, ils ont découvert les multiples facettes de la vie du pilote, ses connexions avec le gouvernement américain et son double jeu avec les Colombiens et le cartel de Medellín. Seal avait eu un rôle déterminant dans le scandale qui allait entacher les deux mandats de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis.

Doug Davison se souvenait de l’affaire Iran-Contra comme d’un épisode confondant et complexe de l’histoire du pays. « Ce qui a retenu mon intérêt dans l’histoire de Barry, c’est qu’il travaillait pour notre gouvernement, l’aidant à financer les efforts militaires des Contras », déclare-t-il. Seal saisissait toutes les opportunités lucratives qui se présentaient à lui, illégales ou non. Il menait une vie trépidante et a, d’une certaine façon, « aidé » le gouvernement à accomplir l’équivoque mission d’armer les guérilleros nicaraguayens contre les sandinistes de Daniel Ortega. En élaborant son scénario, Gary Spinelli a découvert dans ce personnage exalté un protagoniste de cinéma qui, selon les personnes interrogées, s’avérait être une fripouille, un opportuniste, un trafiquant de drogue, un marchand d’armes et un individu complexe gouverné par une multitude de considérations.

Quoi qu’il en soit, Seal se présentait comme un homme avenant, et apparemment assez naïf quant à la portée de ses exploits : il était difficile de ne pas le trouver sympathique. « Une des caractéristiques les plus étonnantes de Barry tient au fait qu’il n’ait jamais blessé ou violenté personne, et qu’il soit devenu l’un des plus importants trafiquants de drogue au monde. Je crois qu’à ce jour, personne ne l’a encore surpassé », commente le scénariste. Les informations réunies, Gary Spinelli prit quelques mois pour retravailler le scénario. Doug Davison le fit alors parvenir à son amie, la productrice Kim Roth, directrice de la production à Imagine Entertainment, qui craqua pour l’histoire et rejoignit au projet, avec son collègue, le producteur de renom Brian Grazer, lui-même fort intrigué par le parcours de Seal. Avec à son actif, une galerie impressionnante de personnages complexes, aux destins hors du commun, d’AMERICAN GANSTER (Ridley Scott, 2007) à 8 MILE (Curtis Hanson, 2002), en passant par UN HOMME D’EXCEPTION (Ron Howard, 2002), Brian Grazer avait trouvé avec Barry Seal son nouvel antihéros.

Pour Kim Roth, Seal l’impressionnait d’abord par son audace et sa truculence : «où qu’il se rende, qui qu’il rencontre, Barry parvenait toujours à convaincre l’assemblée. Garry s’est emparé de cette histoire à la minute où il l’a dénichée sur Internet. Son rôle est inestimable. Il était présent tout au long du tournage, travaillant étroitement avec Tom et Doug, peaufinant chaque détail ». Le Tom et le Doug dont elle parle ne sont autres que la superstar internationale Tom Cruise et le prestigieux réalisateur Doug Liman, qui ont préalablement collaboré sur le film EDGE OF TOMORROW et
qui étaient à la recherche d’un nouveau projet en commun. Quand Brian Grazer leur a envoyé le scénario de BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC, ils ont tout de suite compris qu’ils tenaient une pépite.

Naturellement, le ton de l’histoire fut infl uencé par l’arrivée de l’acteur, du réalisateur et des producteurs. « Nous sommes passés d’un biopic à quelque chose de plus léger et drôle, une tranche de vie durant laquelle les choix de Barry faisaient prendre une certaine tournure aux événements. Tom et Doug étaient le duo idéal pour donner corps à cette histoire », se félicite Doug Davison. Brian Grazer a toujours été supporter des individus qui se rebiffent contre le système et il savait que Doug Liman serait l’homme de la situation pour la production de taille qui se préparait : «le travail de Doug est inclassable. Certains réalisateurs se sont constitué une étroite zone de confort dans laquelle ils évoluent, mais quelque part, Doug me fait penser à Barry : il défie les règles, l’autorité, il prend des risques, et refuse de se répéter. Il ne faisait aucun doute qu’il saurait donner vie au brillant scénario de Gary, et que si nous avions la chance d’obtenir la participation de Tom, BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC serait un film audacieux et original ».

Quant au réalisateur, qui décrit le film comme « un sympathique mensonge tiré d’une histoire vraie », il reconnaît qu’il a toujours apprécié les héros improbables qui opèrent à revers du système. « Barry Seal a entraîné le gouvernement, et notre pays, dans une virée incroyable », s’amuse-t-il à dire. « Son histoire offre tous les éléments nécessaires pour un film qui combine à parts égales, suspense, satire et comédie, et n’a de cesse de nous surprendre ».

Les producteurs découvrirent bientôt qu’ils n’étaient pas les seuls à s’intéresser à la façon dont les opérations secrètes étaient menées à ce niveau de l’état. Le père du réalisateur, Arthur L. Liman s’avère avoir été le principal conseiller de la commission d’enquête que le Sénat a demandé sur les circonstances de l’affaire Iran-Contra. Il a lui-même interrogé le lieutenant-colonel Oliver North lors des audiences donnant d’autant plus de valeur à ce projet pour son fils, qui ne manqua pas de discuter avec lui de l’absurdité des tactiques mises en œuvre par le gouvernement de l’époque. Doug Liman appréciait tout particulièrement le fait que, contrairement à quantité d’autres films qui s’intéressent à des individus dont le gouvernement a usés et abusés, l’histoire de Seal est celle d’un homme « qui a arnaqué la Maison Blanche. Barry est une sorte de zélote qui a croisé la route de certaines figures majeures des années 80, de Ronald Reagan à Manuel Noriega, en passant par Bill Clinton et Oliver North ».

À l’image de la success story américaine par excellence, Seal a été recruté par la CIA pour surveiller les activités communistes en Amérique centrale, et au final, pour livrer des armes aux contrerévolutionnaires nicaraguayens s’opposant au gouvernement sandiniste. Les États-Unis menaient alors deux guerres de front, une contre la drogue et une autre contre le communisme, et Barry Seal était au fait de l’une comme de l’autre. « C’était un véritable opportuniste, avec un avion rentrant à vide », explique Doug Liman. « Si la marchandise devait absolument être livrée le lendemain, et que c’était illégal, Barry était votre homme. Comme il travaillait sous couvert de la CIA, il pouvait entrer et sortir du pays à sa guise. Et comme cela n’avait aucun sens de voler à vide, autant rapporter de la drogue. Il s’est donc retrouvé à travailler parallèlement pour le gouvernement américain et pour les barons colombiens de la drogue, à l’insu de l’un et de l’autre. Il était ainsi doublement de mèche et s’est énormément enrichi. Mais il n’a jamais vraiment agi par cupidité. Son moteur, c’était l’excitation que cela lui procurait, la bravade et le fait de s’en tirer avec un looping ».

L’histoire de Seal est tellement ahurissante qu’elle invite à la comédie et suppose une certaine dose d’ironie. « Doug n’est pas seulement un grand cinéaste et un fin conteur, le contexte politique et historique dans lequel Barry évoluait, l’attirait depuis longtemps. Il a vu dans son histoire la possibilité de raconter nombre d’aventures et d’escapades avec humour, en adoptant le point de vue de l’intéressé », nous confie Kim Roth. Tom Cruise et Doug Liman sont tous deux pilotes. Par analogie peut-être, ils se sont attachés à l’humanité de Barry, qui tente de garder un semblant de vie normale malgré les risques qu’il prend. Barry est très amoureux de sa femme Lucy. Il est prêt à tout pour son bonheur et celui de leurs enfants. Leur couple est gouverné par la passion, et par la raison. Les personnages sont certes inspirés des Seal, comme pour tout film, mais les cinéastes se sont aussi autorisés une certaine licence artistique.

Tom Cruise reconnaît que cette incroyable histoire l’a d’abord intéressé parce qu’il n’avait jamais croisé de personnage comme Seal auparavant. « Mark Twain (l’auteur, entre autres, des Aventures de Tom Sawyer) est l’un de mes romanciers favoris, et j’ai l’impression qu’il a infl uencé l’écriture de Gary. Barry Seal a vécu un moment unique de l’aviation, qu’on ne connaîtra plus. Sa vie est remplie d’aventures inouïes. C’est un personnage qui a fl irté avec l’Histoire ». Mais l’acteur était tout autant intrigué par la nature ambivalente de ce héros improbable que par sa singularité : «Barry était un pilote hors pair et un mari et père de famille aimant. Mais il avait cette soif d’aventures. Il vivait au-dessus des lois, en dépit des règles. Ce n’est plus possible aujourd’hui, tout est contrôlé, institutionnalisé. L’espace aérien est sur-surveillé, scruté au peigne fin. Ce que lui et ses pilotes se sont permis de faire semble dément ».

Et le niveau d’implication de la star et du cinéaste a largement impressionné les producteurs. « Pour les suivre, mieux vaut ne pas être faible de constitution. Ils sont infatigables et tenaces. Leur étique de travail est édifiante », commente Kim Roth. « L’énergie qu’ils déploient est impressionnante », renchérit Doug Davison : « c’est excitant, et ça va très vite. Doug avait annoncé dès le début qu’il voulait que ce tournage soit une véritable aventure pour toute l’équipe. Il a tenu sa promesse ». Durant le tournage en Géorgie, acteur, réalisateur et scénariste partagèrent la même maison, échangeant et affinant leurs idées jusqu’à tard dans la nuit, pour être à nouveau opérationnels le lendemain à l’aube. Selon les mots de Doug Liman, « c’était un camp d’entraînement-atelier de cinéma comme je n’en avais jamais connu auparavant ».

Tyler Thompson de Cross Creek Pictures, et son ex-collègue Brian Oliver, responsables en autres de la mise en œuvre de BLACK SWAN (Darren Aronosfky, 2010), EVEREST (Baltasar Kormákur, 2015) et STRICTLY CRIMINAL (Scott Cooper, 2015), vinrent compléter l’équipe de production. Tyler Thompson, intrigué par l’histoire de cet antihéros de Bâton Rouge, appréciait tout particulièrement l’irrévérence et l’humour que l’équipe créative avait su insuffl er au projet : «Gary et Doug ont formidablement su définir et rendre compte de l’essence de Barry Seal. C’était enthousiasmant et nous avons immédiatement voulu être de la partie. Nous avons des racines en Louisiane, nous connaissons des gens qui ont connu Barry ».

Durant la préparation du film, Kim Roth rencontra Debbie Seal, avec l’espoir annoncé d’obtenir sa bénédiction et d’entendre ses souvenirs et ses réfl exions sur la vie du couple et de leur famille. La veuve de Barry partagea généreusement nombre de photos et de vidéos. Au cours de cette rencontre, il s’avéra évident que Barry était encore et toujours l’homme de sa vie. « Nous avons toujours voulu aborder cette histoire avec respect, en évitant de juger ou de condamner », explique la productrice.

Pour Tom Cruise, ce travail long et passionné n’aurait pas été possible sans l’implication de ses colocataires occasionnels, Gary Spinelli et Doug Liman. « Je ne fais pas juste des films pour faire des films », déclare l’acteur qui a lui-même piloté certains avions du film. « Le cinéma et le fait de raconter des histoires me passionnent. Je veux donner le meilleur de moi-même et m’entourer de gens qui partagent cette passion et cette soif d’essayer, d’explorer ».

AGENTS FÉDÉRAUX ET NARCOTRAFIQUANTS : LE CASTING

Pour incarner Lucy Seal, mariée à une fripouille dont elle était irrémédiablement amoureuse, l’équipe se tourna vers Sarah Wright Olsen qu’on a récemment pu voir dans BLACKOUT TOTAL (Steven Brill, 2014) et la série "Marry Me" (2014-15). Originaire du Kentucky, l’actrice n’eut que peu de difficultés à appréhender son personnage et son accent. « Sarah s’est emparée du rôle. Elle est drôle, généreuse, sincère. Dès les premières répétitions, elle nous a fait rire et pleurer en l’espace d’une scène », se souvient Kim Roth. Connu pour ses personnages féminins bien trempés, le réalisateur déclare : « dans mes films, les femmes ont tendance à être plus fortes que les hommes ».

Dans le cas de Lucy Seal, quand l’histoire commence, elle apparaît de prime abord comme un personnage assez fade, mais au cours des épreuves et des vicissitudes de son mariage avec Barry, la vraie nature de Lucy se révèle et on prend conscience de ce dont elle est capable pour protéger sa famille. Quand Doug Liman rencontra son interprète, il fut immédiatement frappé par ses origines, son entrain et son talent. « Je me suis dit : c’est cette attitude des gens du Sud que je veux voir dans le film, et dans ce personnage.

Sarah donnait la réplique à l’une des plus grandes stars du monde, et dès le début, quand le tempérament de Lucy ne s’est pas encore révélé, elle avait déjà cet aplomb qui correspondait exactement à ce que je cherchais. Elle occupait tout l’écran. C’était incroyable à voir ». Comme on l’a dit précédemment, le couple que formaient les Seal était mu par la passion, et par un sens pratique. Quand les revenus du foyer augmentent soudainement et considérablement, Lucy est immédiatement suspicieuse des activités de Barry et lui demande d’y mettre fin. Pour l’actrice, l’attrait de Lucy tient dans sa pugnacité.

« Barry est dingue de Lucy et elle est le pouls de cette relation. Elle maintient leur famille unie, pour le meilleur et pour le pire ». Ce qui amène l’actrice à l’une de ses scènes préférées, juste après que les Seal aient soudainement eu à déménager de Louisiane en Arkansas au beau milieu de la nuit : «Lucy se retrouve dans une maison vide. Elle est désorientée et contrariée. Elle passe un savon à Barry, ce que toute femme aurait envie de faire à un moment pareil. Puis, ils ont une conversation normale sur les menues choses qu’elle souhaiterait  : une cuisinière, un réfrigérateur, des lits pour les enfants. À ce moment, on comprend qu’elle se fiche des diamants, de l’or et du luxe. Elle veut seulement subvenir aux besoins de ses enfants. C’est un moment clé dans leur relation ».

Domhnall Gleeson qui interprète l’agent de la CIA Monty Schafer, dévoile ici une nouvelle facette de son talent, après ses rôles dans INVINCIBLE (Angelina Jolie, 2014), IL ÉTAIT TEMPS (Richard Curtis, 2013) et EX MACHINA (Alex Garland, 2014). Schafer voit en Barry Seal une chance de promotion, voire plus, et l’utilise autant qu’il le peut. Doug Liman aimait cette idée d’un adversaire puissant et parfaitement inattendu, il voyait dans le jeune irlandais un rival idéal. « Je ne voulais pas tomber dans le cliché de l’agent à la fois référent et rival, entouré d’écrans d’ordinateurs et d’une armada de collègues et de subalternes », commente le réalisateur. « Je me suis dit : et s’il s’agissait d’un employé de la CIA dans un box, prêt à saisir n’importe quelle opportunité et déterminé à ne laisser personne lui barrer la route ? Domhnall est bluffant, de ce box émerge une force avec laquelle il faudra compter ».

Pour se préparer, l’acteur lut plusieurs autobiographies d’anciens agents de la CIA. À propos du scénario, il déclare : «il était très agréable à lire, d’un ton enjoué, avec une histoire totalement délirante et pleine de suspense. Mais l’idée que l’homme est un loup pour l’homme plane sur tout le film. Je pense que c’est une vérité plus répandue qu’on ne veut bien l’admettre, dans la façon dont les pays sont gouvernés et dont le monde fonctionne en général ». Quant à E. Roger Mitchell, qu’on a pu voir dans ALL EYEZ ON ME (Benny Boom, 2017) et EQUALIZER (Antoine Fuqua, 2014), et qui interprète l’agent McCall, du FBI, il nous confie : «Tom et Doug finissent les phrases l’un de l’autre. Ils sont prêts à tout essayer pour trouver le ton juste. La confiance qu’ils se portent mutuellement est palpable ».

Quant à Jesse Plemons, qui joue le shérif de la petite ville de Mena - 900 âmes, il se lie d’amitié avec Barry à son arrivée. Avec l’actrice Lola Kirke qui joue sa femme, ils ont imaginé le passé de leurs personnages, qui pour eux sont ensemble depuis le lycée. L’actrice commente : « l’histoire de Barry se résume à la citation d’Oscar Wilde : "dans ce monde, il n’y a que deux tragédies: l’une consiste à ne pas obtenir ce qu’on désire et l’autre à l’obtenir" ». Dans le rôle de JB, le frère cadet de Lucy Seal, on retrouve l’énigmatique Caleb Landry Jones. JB voit dans les nouvelles opportunités qui s’offrent à son beau-frère, une aubaine pour lui. Pour entrer dans la peau de son personnage qui arbore une coupe mulet de toute beauté, l’acteur s’est plongé dans le rock des années 80, s’inspirant d’Alice Cooper et d’Andrew Dice Clay. Pour sa partenaire de jeu et grande sœur à l’écran : «Caleb à l’art d’être simultanément un ange et un semeur de trouble, comme si un rien pouvait le faire basculer ».

Et pour épauler la distribution principale, on découvre Alejandro Edda, dans le rôle du narcotrafiquant colombien Jorge Ochoa ; Benito Martinez qui interprète James Rangel, à la tête de la DEA ; Mauricio Mejia, en Pablo Escobar, et Jayma Mays, l’avocate Dana Sibota. Ceux qui assistent Barry dans l’acheminement de ses cargaisons incluent Jayson Warner Smith (Bill Cooper), Mark McCullough (Pete), Robert Kinter et Stanton Kowalychk (deux des pilotes Snowbirds de Barry) et Emilio Sierra (Hector).

LE TOURNAGE EN GÉORGIE : LES DÉCORS

BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC suit la famille Seal de la fin des années 70 à 1986, période durant laquelle on voit s’amasser leur fortune. 1981 est une année charnière pour eux, lorsqu’ils doivent lever le camp au milieu de la nuit, déménageant de Bâton Rouge (Louisiane) à Mena (Arkansas), avec l’aide de la CIA qui permet ainsi à Barry de mener ses opérations à l’abri des regards indiscrets des autorités fédérales et de l’état. Avec un mois de temps alloué et une bonne dose de magie cinématographique, le chef décorateur Dan Weil et son équipe transformèrent la petite ville de Ball Ground, dans l’état de Géorgie, en Mena, version 1981. L’équipe du film, comptant plus de 300 personnes, investit Ball Ground cinq semaines durant.

Cette petite communauté de 1900 âmes se situe dans le comté de Cherokee, à une heure de route environ du centre d’Atlanta. Avec la chaîne des Appalaches en toile de fond, l’équipe tourna au centre-ville de Ball Ground, à l’aéroport du comté, et dans une maison située aux alentours, dans la ville de Cumming.

Quand Doug Liman découvrit la rue principale impeccablement préservée de Ball Ground, il comprit que c’était le lieu rêvé pour recréer le Mena de 1981, avec ses magasins d’antiquités et de brocantes et ses quelques cafés parsemés le long de Gilmer Ferry Road. En accord avec les représentants locaux, l’équipe entreprit de transformer la pittoresque rue principale d’un style semi-moderne à un style rétro. Il fallut cinq mois, entre le premier coup de fil aux élus de la ville et le premier coup de manivelle, pour accomplir cette métamorphose.

La population locale ne cacha pas son enthousiasme, fabriquant des tee-shirts sur lesquels on pouvait lire « Ball Ground : la capitale mondiale du cinéma ». Afin de donner aux rues un aspect vieillot, on saupoudra les trottoirs de sable. Toute la signalétique et les panneaux modernes furent enlevés et remplacés par des équivalents d’époque. Pour les besoins de l’histoire, plusieurs banques durent être recréées, plus rétro les unes que les autres. Weil utilisa des magasins existants, parfois abandonnés et leur offrit un véritable lifting. L’équipe installa aussi 26 cabines téléphoniques dans les rues de la ville pour les coups de fil que Seal ne peut pas passer ou recevoir à la maison. Du temps et de la persévérance furent nécessaires pour trouver ces pièces de mobilier urbain vintage dans un état convenable.

La productrice Kim Roth nous confie : «le vrai Barry Seal se promenait avec un étui d’appareil photo rempli de pièces pour pouvoir passer ses coups de fil ». Pour le bureau du comté de Polk dans lequel travaille le shérif Downing, l’équipe choisit de l’installer dans un mobile home et, comme par miracle, un superbe spécimen, avec marches d’accès et drapeau américain en prime, trônait au beau milieu du centre-ville, près de la voie ferrée. L’intérieur fut doté d’une machine à écrire électrique IBM, d’un transistor Channel Master, de téléphones fixes avec câbles en spirale et d’une grande photo en noir et blanc du centre de Mena dans les années 80.

Non loin du bureau/mobile home du shérif se trouve sa maison, dont l’intérieur est un fl ash-back vers une époque reculée de la technologie où les spectateurs pourront repérer une console de jeux Intellivision, un magnétocassette et un circuit électrique pour enfants Hot Wheels. L’équipe des décors réalisa les devantures de plusieurs des faux magasins et commerces (Royale Global, Royale Sports, Royale Televisions et Royale Liquor) dont Barry se servait pour couvrir ses activités illégales. « Ça ressemble à des peintures de Norman Rockwell. Comment pourrait-on imaginer que des armes et de la drogue transitaient par cette petite ville paisible ? », commente la productrice.

Les atouts supplémentaires de Ball Ground : sa forêt avoisinante, qui servit de doublure pour la petite chaîne de montagnes Ouachita, terrain d’entraînement des Contras, et la proximité de l’aéroport de Cherokee, avec le hangar de Rich Mountain Aviation dans lequel Barry et ses pilotes chargent et déchargent la marchandise en provenance ou à destination de l’Amérique latine. Ce repaire fut doté des attributs de rigueur : billard, fl ipper, baby-foot, jeu Pac-Man, Rubik’s cube, ghetto-blaster et posters de pin-ups au look des années 80. La signalisation de Rich Mountain Aviation est une reproduction de celle aperçue dans un documentaire sur Barry Seal, ces décors et accessoires sympathiques étant en complète contradiction avec la triste nature des activités qui se tramaient dans le hangar, où l’on découvre des fusils d’assaut AK-47 et des kilos de cocaïne.

L’aéroport de Cherokee servit également de doublure à celui de Los Brasiles à Managua (Nicaragua) où furent prises les célèbres photos de surveillance de Jorge Ochoa et Frederico Vaughan avec Seal. La maison des Seal à Mena fut reconstituée à Cumming. D’abord d’un vert terne quand la famille s’y installe, la maison subit d’importantes transformations à mesure que la fortune de Barry s’amoncelle. Au cours d’un long week-end de labeur, l’équipe de Dan Weil transforma les lieux en une demeure rose à moulures blanches, dotée d’un jardin impeccablement entretenu, d’un minigolf, de statues ostentatoires, d’une toiture en terre cuite et d’une écurie pour les animaux des enfants. Avant que Barry Seal ne commence à se faire un maximum d’argent, il vivait avec sa famille dans une modeste maison à Bâton Rouge.

Les scènes d’intérieur et d’extérieur furent tournées dans la petite ville de Roswell, en Géorgie, qui accueillit le premier des 39 jours de tournage dans la région. Rideaux orange, boiseries laquées, papier peint et cheminée en brique constituaient le décor idéal pour accueillir le canapé en cuir et le service de table en plastique blanc, avec dans la chambre du couple, un lit à baldaquin en satin bordeaux, sans oublier le poste de télévision Zenith, le must de l’époque. Le producteur Doug Davison explique ce souci des détails : «il existe une vraie nostalgie pour cette époque. Tous ces objets de la fin des années 70 – début des années 80 nous sont encore familiers, tout en étant totalement déconnectés de notre quotidien actuel ».

Autres lieux de tournage en Géorgie De retour de Ball Ground, le tournage se poursuivit à Atlanta où les bâtiments de l’académie de médecine Georgia Tech servirent de doublure à la Maison Blanche. Le restaurant Evans Fine Foods à Decatur, à 10 km au nord-est d’Atlanta, devint une Waffl e House (Maison de la Gaufre), combiné avec l’extérieur d’une réelle Waffl e House, à Norcross, un peu plus au nord. Le décor de la chambre de motel de Seal fut aménagé au Cheshire Motor Inn, alors que le bar bicentenaire près de l’aéroport est réellement le Havana Club de Piedmont Road, et la bijouterie de Miami, celle de Brown & Co. Jewelers, le long de Peachtree Road, à Atlanta.

L’équipe s’aventura encore à Madison, à quelque 100 kms à l’est d’Atlanta, pour filmer l’intérieur et l’extérieur de son magnifique tribunal, construit en 1905. Quelques scènes de vol furent tournées au musée de la compagnie Delta à Atlanta, qui abrite le seul simulateur de vol accessible au public aux États-Unis et ayant servi à la formation de nombreux pilotes, et notamment à l’intérieur et à l’extérieur d’un DC-10 de 42 ans. Pour les scènes en studio, l’équipe investit l’Atlanta Media complex, dans la région de Norcross. Enfin, plusieurs scènes d’intérieur dans la maison rénovée des Seal, dont celle du matin de Noël, furent filmées dans une maison sur Rembrandt Street, dans le quartier de Buckhead à Atlanta, où réalisateur, scénariste et acteur partageaient aussi leurs quartiers.

DES COUPS DE PIED DANS LA POUSSIÈRE : LES COSTUMES

La chef costumière Jenny Gering, connue pour son travail sur la série située dans les années 80, « The Americans » (2013-16), est allée chercher du côté des vêtements vintage pour constituer la garde-robe de BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC. À cette époque, quel mec du Sud qui se respecte n’arborait pas un jean bien moulant ? Pas d’exception pour Tom Cruise en Barry Seal, sans oublier la paire de santiags, la veste en cuir à revers et les chemises à boutons-pressions de rigueur. Ajoutez une paire de rouflaquettes et un bip vissé à la ceinture, et le tour est joué.

Quand les revenus de Barry viennent à augmenter considérablement, il demande à sa femme de s’adapter à leur nouveau standing et de revêtir la parure d’une femme aisée, ce à quoi elle s’oppose tant bien que mal. Au début du film, quand on découvre Lucy, elle arbore le style tout ce qu’il y a de plus banal des filles du coin, adoptant petit à petit des tenues plus tape-à-l’œil, avec lunettes de soleil design et bijoux de luxe. Les pilotes, surnommés les Snowbirds, que Barry recrute pour l’aider à acheminer ses cargaisons entre les États-Unis et l’Amérique latine, ressemblent eux aussi à des cowboys, avec quelques attributs de style, comme un boa constrictor, une guitare sèche ou un iguane. « J’ai adoré habiller les Snowbirds », avoue la chef costumière. « Jayson Warner Smith (Bill Cooper) en surfeur, avec mini-short et chemises hawaïennes, me fait penser à l’oncle ou le cousin un peu dingue qu’on a tous dans notre famille, et Mark McCullough (Pete) sait porter une paire de jean Wranglers comme personne !»

L’acteur Domhnall Gleeson s’est aussi aventuré dans plusieurs friperies d’Atlanta. Il y a dégotté quelques pièces rares, dont un blazer bleu qu’il porte dans le film, et que l’équipe des costumes a reproduit à l’identique. « Un grand merci à Jenny et toute son équipe », professe l’acteur. « Avec sa garde-robe changeante, ils ont largement contribué à rendre compte de la versatilité de Schafer ». Mais le personnage de JB reste l’un de ceux que la chef costumière a eu le plus de plaisir à peaufiner, avec ses débardeurs courts, ses jeans coupés et sa coupe nuque longue passablement propre. Elle avoue : «Caleb ressemble à un grand ado efflanqué. Il n’a aucune inhibition : un vrai bonheur pour moi ».

À L’AMÉRICAINE : LES VOITURES ET LES AVIONS

Les voitures La mission de dénicher les voitures d’époque revint au coordinateur des véhicules Tim Woods, qui chercha tous azimuts, dans la région d’Atlanta, comme sur E-Bay ou Craigslist. Naturellement, les belles américains ne devaient avoir subi aucune modification. Un des objets de sa quête : le modèle Trans-Am légendaire, apparu dans le film COURS APRÈS MOI SHÉRIF (Hal Needham, 1977), avec Burt Reynolds. Pour briller à l’écran et permettre aux acteurs de travailler en toute sécurité, ces voitures de 30 ans (et plus) furent repeintes et largement révisées.

Le reste de l’équipe ne put que constater l’excellente remise en état de ces voitures mythiques, dont une Corvette Stingray de 1970 (bleu marine avec intérieurs noirs), un Cadillac Seville de 1982 (deux tons de bleu) que Barry offre à Lucy, et une Mercedes 450 SL de 1984 (crème). Les autres véhicules du film incluent la Ford Pinto de Judy Downing, l’AMC Gremlin verte de JB, le minibus Volkswagen des Snowbirds, la Ford LTD marron de McCall et toutes les voitures de police d’époque. En plus des voitures sélectionnées par Tim Woods, les figurants étaient encouragés à venir avec leurs propres véhicules vintage, et certains de ces bijoux d’un autre temps sont fièrement présentés par leurs propriétaires dans le film.

Les avions Pilotes confirmés et passionnés, Doug Liman et Tom Cruise étaient particulièrement attachés à la place et à l’utilisation des avions dans le film. L’habileté de la star a largement impressionné son réalisateur : «Tom a accompli lui-même toutes les scènes de vol, il a même acheminé un de nos avions jusqu’en Colombie. Ce sont de petits appareils, et on pourrait se dire : tu parles d’un coup ! Mais c’est justement le genre d’avions que Barry pilotait. Il faisait des vols de 10 heures dans de petits coucous. Barry partait avec des réserves de carburant, Tom a lui fait des escales pour se ravitailler. Pas moi, j’ai pris un vol Delta !»

Quant au coordinateur aérien Frederic North, qui a œuvré sur plus d’une centaine de films, il déclare : «c’était une nouvelle expérience pour moi, de travailler avec un acteur principal qui a un tel savoir-faire et une telle passion pour l’aviation. Tom était bien conscient que Barry avait l’habitude de voler à basse altitude, et il était tout à fait prêt à relever le défi ».

Il revenait à Fred North de trouver les différents appareils requis, tous fabriqués entre 1967 et 1975. Dans le film, Tom Cruise pilote ainsi un Aerostar 600 à six places, et un Cassna 414, contenant jusqu’à 8 passagers. Il avait toujours Doug Liman pour co-pilote. Mais la véritable star du film est le Fairchild C-123, surnommé la « grosse dame » et prêté par le musée de l’aviation de Beaver County, en Pennsylvanie. Cet appareil, également surnommé le « cochon du tonnerre », pèse 16 tonnes à vide et peut voler à une vitesse maximale de 367 km/h. Il a été retiré de la circulation en 1981 mais a encore fait des apparitions remarquées au cinéma, déployant ses 33 m d’envergure et ses 24 m de long, notamment dans AIR AMERICA (Roger Spottiswoode, 1990), avec Mel Gibson et Robert Downey, Jr. et dans LES AILES DE L’ENFER (Simon West, 1997), avec Nicholas Cage, John Malkovich et John Cusack. Les avions des Snowbirds sont un monomoteur Piper Comanche, un Beechcraft Bonanza, et un Cessna 150.

Le scénariste rappelle l’importance des avions dans l’histoire : «Barry a fait de nombreuses vidéos amateur. Il y a une multitude de cassettes VHS qui montrent sa famille, mais il a également filmé ses parachutages de drogue, fait des vidéos d’initiation au largage de cocaïne en plein vol, en expliquant la coordination nécessaire avec les personnes au sol ». Pour une scène très risquée, une grue hydraulique fut construite pour soutenir la carlingue du Cessna de Barry et permettre aux Seal de tester le coït en apesanteur.

LES PRISES DE VUES

Producteurs, réalisateur et star avaient été séduits par le travail du chef opérateur César Charlone sur le film de Fernando Meirelles, LA CITÉ DE DIEU (2002). Ils avaient conscience que son style réaliste et cru serait un atout majeur pour leur film. « Une importante partie de l’histoire se déroule en Amérique du Sud et la présence de César s’imposait d’elle-même », commente Doug Davison.

Mais sa consœur Kim Roth reconnaît : «César était un peu notre joker. Aucun de nous n’avait travaillé avec lui, ni ne l’avait rencontré. C’est un magicien qui tourne constamment. Il a largement contribué au rythme et à l’énergie de ce film ». Pour réaliser ce tour de force, et de magie, César Charlone a utilisé les caméras Arri Alexa XT et Alexa M. L’Alexa M est une toute petite tête de caméra reliée à son corps par un câble de 12 m, permettant ainsi une grande liberté de mouvements et une utilisation dans des lieux exigus. Armé de lunettes Cinemizer OLED de Zeiss, le directeur de la photo pouvait vérifier le cadre et l’image sans avoir à s’encombrer d’un moniteur vidéo. En post-production, l’étalonneur apporta une teinte spécifique aux différentes périodes que couvre le film, des débuts de Barry comme criminel à son apothéose.

EN QUÊTE D’AUTHENTICITÉ : LE TOURNAGE EN COLOMBIE

Pour tourner les scènes qui se déroulent en Amérique latine, l’équipe se rendit en Colombie au cours du mois d’août 2015. Tom Cruise, Sarah Wright Olsen, Domhnall Gleeson et Alejandro Edda, qui avaient déjà tous tourné ensemble à Atlanta, étaient du voyage, fl anqués naturellement du réalisateur, du scénariste et des producteurs. Ils furent rejoints sur place par les acteurs colombiens, dont Mauricio Mejía, qui interprète pour la troisième fois de sa carrière, après deux séries colombiennes (« El Chapo », 2017 et « La Viuda Negra », 2014), le célèbre baron de la drogue Pablo Escobar. «Les paysages colombiens sont très variés et nous ont permis d’y tourner des scènes censées se dérouler au Panama, au Nicaragua et au Costa Rica. Nous avons trouvé des pistes d’atterrissage et des environnements qui correspondaient exactement à ceux que nous recherchions pour illustrer ces pays. Nous avons parcouru la Colombie en long en large et en travers à bord d’une armada de petits avions », nous explique Doug Liman.

En ce qui concerne les techniciens, le chef opérateur César Charlone, le chef décorateur Dan Weil, la chef costumière Jenny Gering, ainsi que le chef cascadeur Rob Alonzo, l’accessoiriste Kris Peck et l’ensemblier Rob Mallard rejoignirent l’équipe principale en Colombie. La société de production colombienne Dynamo, dirigée par Andrés Calderón, était en charge de recruter le reste de l’équipe, dont beaucoup de techniciens qui avaient participé aux tournages du film THE 33 (Patricia Riggen, 2015), avec Antonio Banderas, et de la série « Narcos » (2015-18). Les avions jouant un rôle majeur dans la relation de Seal avec l’Amérique latine, le coordinateur aérien Fred North fit venir toute son équipe. Ils étaient ainsi en charge de tous les avions pilotés par Seal et les siens, dont l’Aerostar, ainsi que des hélicoptères utilisés par l’équipe pour les besoins du tournage. Celui-ci se déroula à Medellín, lieu de naissance du célèbre cartel ; à Santa Marta, considérée comme la plus ancienne ville d’Amérique du Sud et située proche du point le plus au nord du continent, sur de la mer des Caraïbes ; dans la petite collectivité rurale d’Orihueca, dans le département de Magdalena, ainsi qu’à Santa Fe de Antioquia. Tom Cruise atterrit à l’aéroport Enrique Olaya Herrera, situé au centre de Medellín, la deuxième plus importante ville de Colombie, à bord de l’Aerostar, à la fin du mois d’août.

Le 24 août, Tom Cruise, Doug Liman, Fred North et son équipe aérienne survolèrent avec ce même appareil la partie du bassin amazonien située en Colombie. Sous la protection de l’armée colombienne et avec Tom Cruise aux manettes, ils furent à même de filmer les somptueux paysages qui entourent la source du fl euve Amazon et la luxuriante jungle avoisinante. La star, son garde du corps et le réalisateur terminèrent leur périple en campant sur place pour la nuit.

Le tournage officiel dans le pays débuta le 26 août, à Medellín, avec la première scène à l’aéroport Enrique Olaya Herrera, pour la première arrivée de Seal en Colombie. Le reste de la journée fut dédié à des prises de vues au Palacio Municipal, le deuxième plus ancien musée du pays, au style art déco, qui abrite de nombreuses œuvres de Fernando Botero. Le bâtiment servit de doublure pour les bureaux de Manuel Noriega, au Panama. La journée suivante, l’équipe se rendit à El Poblado, un quartier huppé de Medellín, avec de superbes vues sur les montagnes avoisinantes. Ils furent à même d’y filmer la maison qui avait appartenu à José Gonzalo Rodríguez Gacha, surnommé « El Mexicano », membre du cartel de Medellín, avec les frères Ochoa et Pablo Escobar.

Dans la Casa Catahuanga, à Llano Grande, à une heure de route au nord de Medellín, et à proximité de l’aéroport international, l’équipe tourna les scènes de la fête organisée par Jorge Ochoa (Alejandro Edda), figurant danse, chant, corrida, crocodile géant et étalons, à l’occasion de l’anniversaire de Seal et pour présenter Lucy à ses amis sud-américains. Plus d’une centaine de figurants furent recrutés pour peupler la fête, dans une ambiance d’excès et de débauche caractéristique du cartel de Medellín, en 1981. Pour la scène dans laquelle Barry est libéré d’une prison colombienne, la décision fut prise de la tourner un samedi au cœur de Medellín, et d’utiliser des vues extérieures du palais de justice. 300 figurants furent cette fois recrutés, et habillés dans le style des années 80, pour la scène où Barry et Schafer traversent la place et s’engouffrent dans un taxi. La production n’ayant pu entièrement fermer le large boulevard qui passe devant le bâtiment, de nombreux Paisas (nom communément utilisé pour désigner les habitants de Medellín) en profitèrent pour regarder le spectacle.

Le 31 août, l’équipe se rendit à Santa Marta, sur la mer de Caraïbes. La ville est aujourd’hui devenue une destination de vacances prisée par les Colombiens. Acteurs et techniciens logeaient dans la banlieue d’El Rodadero où différentes stations balnéaires ont récemment vu le jour. De nombreuses prises de vues furent réalisées dans un climat chaud et humide, à l’aéroport, au centre de la ville, et devant et à l’intérieur du bâtiment de l’administration locale. La maison de bord de mer du gouverneur du département de Magdalena devint l’hacienda de Pablo Escobar, et une piste d’atterrissage située au milieu d’une plantation de bananes près de la ville d’Orihueca servit de doublure pour Haïti et le Nicaragua.

L’équipe passa ensuite trois jours sur une piste d’atterrissage réaménagée qui avait réellement été utilisée par le cartel, à Santa Fe de Antioquia, à 60 km de Medellín. Le gouvernement colombien se montra d’abord réticent à l’idée d’un tournage sur ce site, mais autorisa finalement l’utilisation de la piste. On pourra y voir Tom Cruise atterrir et décoller dans l’Aerostar, et faire des vols de reconnaissance jusqu’au hangar appartenant à Pablo Escobar. Comme pour toute reconstitution d’époque, le superviseur des effets visuels Justin Ball prit une multitude de photos des alentours. Il s’agissait pour lui d’enregistrer le plus d’informations possible pour pouvoir les incorporer ensuite, en post-production.

  
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