samedi 27 août 2016

MECHANIC : RESURRECTION












Au cinéma le 31 août 2016

J'ai vu la bande annonce de ce film au cinéma et, dans son genre, il a l'air efficace. En tout cas, il assume sa prise de position 'action sans réflexion' et il me paraît fun.

Un film de Dennis Gansel
Avec Jason Statham, Jessica Alba, Tommy Lee Jones et Michelle Yeoh


Résumé : Arthur Bishop pensait qu'il avait mis son passé de tueur à gages derrière lui. Il coule maintenant des jours heureux avec sa compagne dans l'anonymat. Mais quand son plus redoutable ennemi enlève sa femme, il est obligé de parcourir le monde pour remplir trois assassinats impossibles. Et comme toujours, il doit faire en sorte que ses exécutions ressemblent à des accidents. Une course contre la montre sans relâche s'engage.

Bande annonce (VOSTFR)


Bande annonce (VF)



Extrait 1


Extrait 2 (VOSTFR) - "My Name"


Extrait 2 (VF) - "My Name"



  
#MechanicResurrection

vendredi 26 août 2016

NOCTURAMA


Drame/Thriller/Un film dur, fort et impressionnant

Réalisé par Bertrand Bonello
Avec Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers, Hamza Meziani, Manal Issa, Martin Guyot, Jamil McCraven, Rabah Naït Oufella, Laure Valentinelli...

Long-métrage Français
Durée: 02h10mn
Année de production: 2015
Distributeur: Wild Bunch Distribution 

Date de sortie sur nos écrans : 31 août 2016


Résumé : Paris, un matin. Une poignée de jeunes, de milieux différents.
Chacun de leur côté, ils entament un ballet étrange dans les dédales du métro et les rues de la capitale. 
Ils semblent suivre un plan.
Leurs gestes sont précis, presque dangereux.
 Ils convergent vers un même point, un Grand Magasin, au moment où il ferme ses portes. La nuit commence. 

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : J'ai eu la chance de découvrir NOCTURAMA hier soir et le film m'a impressionné. Il est indéniable que les événements récents dans l'actualité vont fortement influencer l'avis des spectateurs sur ce film. Nous n'aurions certainement pas regarder ce long-métrage de la même façon il y a quelques années. Le sujet est difficile et le rendu est anxiogène, mais le film est très intéressant aussi bien dans sa construction que dans son approche du sujet. 

Le réalisateur, Bertrand Bonello, nous invite à suivre cette histoire uniquement du point de vue du groupe de jeunes sans nous livrer toutes les explications. C'est assez frustrant au départ car on ne comprend pas de quoi il retourne ni les motivations. Au fur et à mesure, grâce à une habile construction temporelle, Bertrand Bonnello nous livre des éléments. Juste assez pour que l'ensemble ait un sens, cependant il nous laisse nous poser énormément de questions. C'est aussi cela qui fait son intérêt. NOCTURAMA ne laisse pas indifférent, loin de là, et quand on sort du film on a plein d'interrogations, on voudrait que la réflexion puisse éteindre nos peurs. Cela est dû au fait que le film traite le cœur du sujet, mais sans nous mâcher le travail. Cela peut décontenancer mais personnellement j'ai trouvé l'expérience super. 

La maîtrise du sujet est vraiment impressionnante. On sent que le film a plusieurs parties qui prennent des visages totalement différents pour former une seule histoire. J'ai beaucoup aimé les symboles et les décalages d'ambiance entre les scènes intérieures et extérieures. Il y a des moments choquants, qui le sont d'autant plus qu'ils viennent souvent après des moments de calme. Ce qui est très compliqué ici, c'est qu'on apprend à connaître un peu ces jeunes et que sans qu'on sache vraiment ce qui les poussent - on sent des motifs différents mais ils ne sont jamais clairement identifiés - ils commettent l'irréparable et l'impardonnable. On assiste à un gâchis qui interloque et angoisse.  

Les jeunes acteurs sont excellents car chacun apporte une personnalité spécifique au groupe. L'association de ces jeunes qui viennent de milieux différents rend l'ensemble encore plus stressant car ils représentent métaphoriquement un mécontentement global dont la source est floue et l'expression extrêmement violente.







NOCTURAMA a été pour moi une surprise captivante et angoissante. Je ne peux que vous le conseiller car c'est un film étonnant à découvrir. Il vous surprendra assurément.


Crédit photo © Carole Bethuel

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Après la projection du film, Bertand Bonello, le réalisateur, a eu la gentillesse de venir répondre à nos questions à chaud. Attention, les vidéos de la rencontre ci-dessous contiennent beaucoup de spoilers. Il ne faut les regarder qu'après avoir vu le film !







Propos de Bertrand Bonello

Nocturama

Le film est venu à la fois d’un ressenti du monde dans lequel nous vivons et de désirs formels cinématographiques. J’ai écrit la toute première version il y a cinq ans, tandis que j’étais en train de travailler sur L’Apollonide, un film d'époque, romanesque, tout en opiacé, et j'avais envie, en contrepoint, de faire ensuite un film ultra contemporain, pensé de manière inverse, très direct, plus comme un geste.

J’ai donc écrit très vite une version, qui répondait à ce climat que je ressens depuis longtemps, que je qualifierais « d’effet cocotte minute », c’est-à-dire quelque chose qui frémit et face auquel je me pose souvent la question de « Pourquoi ça n'explose pas » ? Évidemment, le propre du comportement humain, c'est de s'adapter, d’intégrer et d’admettre des choses qui, finalement, sont inacceptables. Puis de temps en temps dans l'Histoire, il y a une insurrection, une révolution. Un moment où les gens disent stop. Il y a un refus.

Je suis parti de ce postulat que j'ai eu envie de tirer vers le cinéma de genre. Dans le sens où très vite, j’ai voulu m’intéresser à la question du Comment plus que celle du Pourquoi. Le Pourquoi, la scène avec Adèle Haenel le prend en charge : « Ça devait arriver » dit-elle. Oui, il suffit de marcher dans la rue, de sentir la tension extrêmement palpable, ou d’ouvrir le journal pour se dire qu’en effet, ça pourrait arriver. C’est pour cela que le film démarre sans préambule.

Comment on passe à l'acte, de quelle manière ça se fait, dans le film, le geste est, pour moi, plus important que la parole. L'action face au discours, c'est le « comment » face au « pourquoi ». Le mystère fait aussi partie du cinéma et je ne voulais pas essayer de rationaliser des choses qui ne sont pas toujours ni explicables ni justifiables.

Le scénario s’est tout de suite appelé Paris est une fête. Cette antiphrase correspondait complètement au film que je voulais faire. Je l’ai mis de côté pour tourner Saint Laurent, puis j’ai repris la préparation pour un tournage à l’été 2015.

Pendant la post production, le titre Paris est une fête a pris un tout autre sens et il fallait évidemment en changer, je me suis alors tourné naturellement vers la musique. Nocturama est le titre d’un album de Nick Cave. J’aimais l’idée de cet hybride entre le latin et le grec qui voudrait dire vision de nuit, je lui ai demandé l’autorisation. Il a accepté, et m’a expliqué qu’en fait le mot désignait dans un zoo la zone créée spécifiquement pour les animaux nocturnes. Ça m’allait très bien. Nocturama renvoie aussi à l’idée de cauchemar.

Du réel à la fiction

En tant que cinéaste, je ne suis pas là pour me substituer à un journaliste, un sociologue, ou un historien. Mon but n’est pas de décrypter l’actualité, ni de la commenter. De toute manière, l’actualité est trop rapide pour le cinéma, qui sera toujours dépassé s’il essaie d’y
coller. La force de la fiction est ailleurs. Dans la recréation d’un monde, avec ses règles, ses logiques, des lignes de force qui lui sont propres. Poser un regard plus qu’une analyse.

Qu’on ressente ou s’inspire du réel est pour moi une nécessité, mais il faut ensuite s’en dégager et se l’approprier. Se sentir libre. Le réel, on le retrouve de toute manière ailleurs : le choix d’un acteur, d’un décor.

De l’extérieur à l’intérieur

La structure est la première chose qui est venue. Ça a été la base. Une première partie avec des personnages isolés, à l’extérieur, en mouvement, seulement soutenue par des trajets et des actions, des personnages à peine réunis le temps de deux flashbacks impressionnistes. Puis une partie où ils sont ensemble, non plus dans l’action, mais dans l’attente. Le passage de l’extérieur à l’intérieur permet aussi un passage d’une réalité à une abstraction, d’un monde réel à un monde fantasmé.

Dès que les personnages rentrent dans le grand magasin, il n'y a plus d'extérieur, il n'y a plus de fenêtre. Il n'y a plus de portable, il n'y a plus rien et on se réinvente quelque chose. La fiction et le mental prennent le dessus sur l'extérieur.

Et puis, à un moment, un personnage ressort à nouveau. Il tente presque de s’échapper, pour s’apercevoir in fine, qu’il n’appartient plus au monde extérieur. Qu’il n’a plus rien à y faire. Et il revient.

Le hors-champ

J’ai immédiatement fait le choix de n’être qu’avec mon groupe de personnages. Tout est de leur point de vue. Et nous, comme eux, nous ne savons pas exactement ce qui se passe à l’extérieur, excepté parfois via les écrans de télés. Je ne voulais pas de montage parallèle.
D’une part, pour me concentrer sur l’idée du temps qui passe, et d’autre part, parce que ce qui m’intéresse, ce sont eux, c’est cette micro société qu’ils forment, obligée de se reconstruire pour survivre. Le hors-champ nous rapproche d’eux.

Paris

Je voulais filmer Paris de manière réaliste, y compris dans ses aspects les plus durs. C’est une ville extrêmement difficile à filmer, une très belle ville mais abîmée par sa vie interne, par ses signalétiques, panneaux, pubs, travaux, etc . Mais j’ai décidé de composer avec tout cela. Les trajets des personnages font partie de ce réalisme.

Pour les scènes dans le métro par exemple, nous avons tourné en mode quasi documentaire. Sans rien privatiser. Nous sommes partis, au milieu des gens. Je voulais montrer la richesse du métro, toutes ces atmosphères différentes, via ce ballet du début.

Le choix des « cibles » répond quant à lui à ce besoin qui traverse le film de passer de l’effet de réel à celui de déréalisation. Je n’ai rien contre HSBC ni contre le Ministère de l’Intérieur. Mais ils sont là. Ils font partie de notre vie, de notre environnement, de notre quotidien. C’est une idée de la répression, du capitalisme, de l’étouffement. Le face-à-face entre une gamine de banlieue et Jeanne d’Arc est l’une des toutes premières images que j’avais dès l’écriture. C’est pour moi une certaine idée de la France. Je ne voulais pas d’attaques aveuglément meurtrières. Je préférais aller sur des symboles.

Au départ, je craignais que mes jeunes acteurs me disent que cela ne leur évoquait pas grand chose mais en en discutant avec eux, j’ai compris au contraire que cela leur parlait beaucoup et que je n’étais pas tombé bien loin. Dans un discours politique et critique, ils évoquaient spontanément des institutions financières, le Ministère de la Justice, les médias, l'oppression économique et tout ce qui leur semble aujourd’hui être une prise de pouvoir sur leurs pensées, sur leurs libertés.

Le grand magasin

Les grands magasins de ce genre sont des lieux fascinants. De vrais lieux de fiction. Dans le sens où ils sont la recréation du monde à l’intérieur du monde. Tout y est. Toute la « vie » est là, de la baignoire à la nourriture, du lit aux télévisions ... c’est aussi un symbole du consumérisme de notre époque, y compris dans sa virtualité.

Après avoir attaqué violemment le monde extérieur, les personnages se retrouvent enfermés dans ce monde intérieur. Et ils se font happer. C’est inévitable. Chacun, en effet, se retrouve à un endroit de ce magasin. Parce que c'est ce qu'il voudrait être, ça le fait rêver, c'est facile, il en a besoin, ou bien encore parce que c'est tout simplement lui-même... Il y a deux scènes, par exemple, où un personnage se retrouve face à un mannequin habillé comme lui. La première, on est dans le consumérisme et la seconde on est dans la mort. Dans la disparition de soi-même.

Alors que les choses sont si difficiles à obtenir dans la vie, ici, tout est simple. Ça devient un lieu de liberté, même si factice. Du coup, ils se permettent tout, allant jusqu'à prendre un bain, faire du kart ou encore un spectacle. Parmi toutes les idées que j’avais, j’ai gardé les choses les plus incongrues car ce sont pour moi les plus belles. J’ai préféré le rêve au trivial ou au matérialisme.

Le choix des interprètes

Parmi les acteurs, seule la moitié a déjà eu une expérience de cinéma, l’autre moitié aucune. Je tenais à ce mélange et à cette proportion. Ces derniers amènent, sans les composer, des choses magnifiques, qui sont leur visage, leur manière de bouger, la musique de leur langage. J’adore les acteurs mais j’ai pris ici un plaisir inouï à filmer d’autres visages, des corps nouveaux, des manières de se tenir, parfois maladroites mais nouvelles. Je savais en écrivant que je ne mettais en place que 50% des personnages. Que le reste, ce sont les acteurs qui me l’amèneraient, avec leur personnalité, leur manière d’être, qui ils sont. Je me disais souvent que la mise en scène devait être du côté de la fiction, et que la direction d’acteur devait être du côté du documentaire.

Le casting a duré près de neuf mois. J'ai rencontré toutes sortes de jeunesse. J'étais dans le romanesque et dans le fantasme en écrivant. Mais en les rencontrant, j’ai été surpris de voir à quel point ce que je leur racontais de cette histoire n'était pas du tout extraordinaire pour eux. Ils me disaient : « Ça me semble normal, ça me semble logique, il nous manque juste un peu de courage, un peu d'organisation... Moi je suis non violent mais je pourrais le faire »...

Nos enfants / Une jeunesse perdue

Maintenant que je regarde le film fini, il y a quelque chose dont je ne me rendais pas compte en l’écrivant. Quelque chose en eux qui est encore dans l’enfance et que je trouve assez bouleversant, et le film raconte aussi cela : Voilà ce qu’on a fait de nos enfants. Le point de vue le plus fictionnel du film, c’est son postulat de départ : vouloir rassembler des jeunes d’univers géographiques et sociaux différents, que la société fait tout pour diviser. Les rassembler dans une idée commune. C’est le côté un peu « punk » de la genèse du film, dans le sens d’une utopie quasi adolescente, dans un désir de refus, voire de destruction. Ce qui m’intéressait c’est qu’ils partagent tous cette envie de dire stop... D’une autre manière, on voit depuis quelques semaines, dans les rues, sur les places, des mouvements de jeunes se créer pour exposer à leur manière également un refus.

En préparant le film, j’ai relu « Discours de la Servitude Volontaire » de La Boétie. Un livre très court mais extrêmement puissant qui est un appel à l'insurrection. Je ne me souvenais plus qu’il avait été écrit par un gamin de vingt ans au XVIème siècle. La Boétie y explique qu'il y a un moment où l'Homme accepte des choses que l'animal n'accepterait pas. Et Nocturama est avant tout un film sur le refus. La seule manière de l’exprimer était de former un groupe hétérogène et d'essayer de trouver une logique, une évidence, dans la manière dans laquelle ils puissent être ensemble. Cet « être ensemble », comme on le dirait du « vivre ensemble », était fondamental. Dans le début du film par exemple, ils fonctionnent seuls ou par deux, trois mais ne sont que rarement ensemble, sauf dans ce flash back pendant lequel il y a une scène de danse. Presque une transe. Je voulais vraiment que quelque chose les réunisse sans passer par le discours ni le dialogue. J’ai enregistré une musique à la fois rythmique et ambiante et je les ai plongés dedans. Et puis, je les ai laissés libres de s’en emparer. Chacun a fini par trouver son espace dans la pièce et dans le son.

La mise en scène

J'étais obsédé par le mélange d'ultra réalisme et d'abstraction. Le réalisme, avec les trajets, les détails, tous très documentés, HSBC, Manuel Valls…L’abstraction, c’est plutôt l’intérieur, la déconnexion.

J’ai donc beaucoup travaillé sur des mouvements, des gestes. Une forme d'action, qui n'est pas le film d'action à l'américaine, mais qui doit, quand même, apporter de la tension. Et à l’intérieur de cette tension, je savais qu’il fallait prendre du temps, parfois quasiment du
temps réel, y compris passer du temps avec les personnages pour ne pas les marionnettiser, que l’on soit vraiment avec eux du début à la fin. Le film est extrêmement préparé. Chaque mouvement, chaque point de vue, chaque changement de point de vue. Il est construit comme une partition.

Le plus délicat était ensuite de trouver une tension dans l’attente, quand ils sont dans le magasin. A partir du moment où on ne sait pas ce qu’il se passe à l’extérieur, il faut gérer le temps qui passe avec le hors champs.

De la même manière, j’ai beaucoup travaillé la place des plans en mouvement et des plans fixes. Par exemple, au moment où le personnage joué par Finnegan Oldfield sort du magasin, j’ai eu envie de tableaux très simples. Des plans fixes, dans un Paris totalement vide, avec un acteur qui traverse le cadre. La séquence apporte du calme. On ne joue pas l'hystérie de l'extérieur mais, au contraire, le vide. Même si ce calme est aussi terrifiant. Est venue enfin l’idée d’une temporalité qui, comme le film, passerait du réel à l’irréel. Je voulais qu’au bout d’un moment dans le magasin, le temps se difracte. On revient un peu en arrière, on change de point de vue, on joue cette idée du « disque rayé »… Plus on avance dans le film, plus le temps explose. Cela instille aussi le déraillement. Et puis, les scènes avec le GIGN. Je les ai mises en place avec un ancien du GIGN. Je ne voulais pas d’un assaut brutal, qu’on appelle « le bouclier », mais plutôt d’une infiltration, lente et implacable, qu’ils appellent « l’enclume et le marteau ». Là aussi, le temps s’étire. Dans l’histoire, c’est justifié par le fait que le GIGN ignore le nombre « d’ennemis d’état » (Pour le GIGN, c’est le terme adéquat vu les cibles choisies), s’ils sont armés ou pas. Et cela permet un calme, à mon avis plus fort.
Vient ensuite la question de l’image, de la lumière. C’est la première fois que je tourne en numérique. Je trouve cela très cohérent pour ce film d’avoir une image plus dure, plus froide, plus définie, de ne pas chercher l’esthétique du 35.

Nous avons structuré la lumière dans le grand magasin en cinq parties : Très éclairé, puis totalement sombre puis à nouveau éclairé pleinement, puis à moitié avant que le GIGN ne coupe tout à nouveau. Cela crée des mouvements à l’intérieur du film.

Quant au Scope anamorphique, il amène un côté fiction et la HD amène un effet de réel. C’est toujours le même équilibre délicat à trouver.

La musique

Très vite, je voulais que les deux parties du film aient leur propre musicalité, même si parfois l’une se greffe dans l’autre. Un score d’un côté, de l’autre une sorte de juke-box. Ils sont dans le grand magasin, ils passent des disques.

Pour le score, je voulais quelque chose d’électronique, mais qui ne soit pas de l’électro. Quelque chose de mental et de pulsionnel. Que cela passe par des soubassements, par un travail sur les fréquences. Comme j’ai la chance de pouvoir faire ma musique, je m’y attelle dès le travail d’écriture scénaristique, pour avoir la texture musicale en même temps que le script. Sur le choix des disques qu’ils passent, les morceaux se sont imposés très vite pendant l’écriture et n’ont plus bougé. Et puisque le film s’appelait Paris est une fête, il me semblait cohérent qu’il y ait à un moment l’idée de spectacle, d’un spectacle final. J’ai pensé grand magasin, escalier, descente d’escalier… Et donc à My Way. C’est la scène la plus irréelle du film. Elle marque encore plus cette rupture avec l’extérieur et fait basculer le film dans quelque chose de très onirique, de faux, de théâtral. Mais surtout pour moi, de tragique. Là, j’y vois la fin, la mort. De la même manière, la musique de The Persuaders a été une évidence. J’aime la mélancolie qu’elle dégage. Mais l’idée à ce moment-là, alors que l’assaut débute et que la mort approche, était aussi de ramener de l’enfance. La mienne, la leur.

© 2016 • RECTANGLE PRODUCTIONS • WILD BUNCH • PANDORA FILM PRODUKTION SCOPE PICTURES ARTE FRANCE CINEMA MY NEW PICTURE

jeudi 25 août 2016

COMIC CON PARIS 2016


Tout doucement la date du début du Comic Con Paris 2016 se rapproche. Son affiche a été dévoilée hier. Je la trouve très belle et adéquate puisqu'elle met à la fois à l'honneur les héros de Marvel et Paris.

LE COMIC CON PARIS 2016 DÉVOILE SON AFFICHE, UNE CRÉATION UNIQUE 
SIGNÉE MARCO CHECCHETTO ! 

Le Comic Con Paris 2016, qui aura lieu du 21 au 23 octobre prochain à la Grande Halle De la Villette, dévoile en exclusivité l’affiche de sa nouvelle édition, un artwork original créé par Marco Checchetto qui sera présent durant toute la durée du festival sur l’espace Panini Comics.


Cette année, le festival met l’univers Marvel à l’honneur en mettant en scène ses personnages emblématiques allant des Avengers, à Dr Strange en passant par X-Men.


Marco Checchetto est un dessinateur de comics Italien. Il travaille pour Marvel depuis 10 ans. Avant de s’installer dans la Maison des Idées, il a collaboré avec Image, PSM Playstation Magazine, Star Comics et Giochi Preziosi en tant que concept artist de jouets.

Arrivé chez Marvel, il a participé à Avenging Spider-Man, Superior Spider-Man Team Up, Avengers, Avengers World et il a dessiné de nombreux personnages comme Deadpool, X-Men, Venom, Carnage, Morbius... En 2011, Marvel lui propose de s’associer à Greg Rucka sur la série The Punisher. En 2015-2016, Marco imagine avec Stefano Vietti la mini-série Life Zero publiée par Panini Comics. Parallèlement à ce projet, il a illustré plusieurs séries dans l’univers de Star Wars éditées par Marvel. Il a ainsi dessiné Les Ruines de l'Empire écrit par Greg Rucka, et Obi-Wan & Anakin scénarisé par Charles Soule.

Marco dessine en ce moment la nouvelle série Marvel NOW : Gamora imaginée par Nicole Perlman (scénariste des films Les Gardiens de la Galaxie et de Captain Marvel, prochainement au cinéma) publiée par Panini France.



Comic Con Paris : l’événement incontournable des fans de pop culture !

#ComicConParis

Billetterie: Pass 3 jours et billets « jour » en vente sur le site 
www.comic-con-paris.com à un tarif préférentiel (quantité limitée)

- Vendredi (9h30 – 19h): 21.99€ 
- Samedi (9h30 – 19H): 21.99€ 
- Dimanche (9h30 – 18h) : 21.99€ 
- Pass 3 jours : 59.90 €
- Inscription au concours de cosplay sur ce lien : http://www.comic-con-paris.com/cosplay/

Autre post du blog lié au COMIC CON PARIS 2016

mercredi 24 août 2016

DIVINES


Drame/Un beau film à découvrir

Réalisé par Houda Benyamina
Avec Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Kevin Mischel, Jisca Kalvanda, Yasin Houicha, Majdouline Idrissi

Long-métrage Français
Durée: 01h45mn
Année de production: 2016
Distributeur: Diaphana Distribution 

Interdit aux moins de 12 ans

Date de sortie sur nos écrans : 31 août 2016


Résumé : Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : J'étais curieuse de découvrir DIVINES qui a obtenu la Caméra d'or au 69ème Festival de Cannes. Pour rappel, la Caméra d'or récompense un premier film. Je n'ai pas été déçue, DIVINES est un très beau film. J'ai aimé son aspect viscéral, il permet au spectateur de vivre des émotions brutes et sans détour. La réalisatrice, Houda Benyamina, met en scène une réalité dure et implacable qu'elle lie à des moments de grâce de toute beauté sans jamais s'éloigner de son sujet. Sa réalisation est inventive, directe et par moments, poétique et lumineuse. Son message n'est pas tendre. Le film est difficile car il s'encre dans une réalité qui n'est agréable, mais en même temps il est émouvant car son héroïne fait des choix qu'elle paye le prix fort. Elle est l'outil de sa souffrance et de sa propre tragédie. La grande réussite du film est qu'on comprend les personnages, même si on adopte pas leur point de vue et qu'on n'est pas d'accord avec leurs décisions.  Cependant, on apprend à les connaître assez pour voir que leurs choix se basent sur des critères plus complexes que ce qu'on peut penser au premier abord et surtout que derrière une carapace abrupte se cache souvent un grand cœur que les coups durs ont piétiné.

Les acteurs et actrices sont superbes avec en tête le duo Oulaya Amamra, qui interprète la jeune battante Dounia, et Déborah Lukumuena, qui interprète l'attendrissante et attachante Maimouna. Ces deux jeunes filles ont des rêves plein la tête mais sont coincées dans un monde dans lequel les courts moments de joie sont vite rattrapés par la sordide réalité.




J'ai beaucoup aimé DIVINES car il peut se ressentir et/ou faire réfléchir. La réalisatrice propose les deux niveaux de lecture aux spectateurs, à eux de faire leur choix et de vivre le film comme ils l'entendent. En tout cas, je vous le conseille absolument car c'est un premier film surprenant, intéressant et doté d'une vraie envie de faire passer des émotions. C'est une très belle découverte.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne regarder/lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

J'ai eu la chance de découvrir DIVINES lors d'une projection en avant-première. L'équipe du film composée de la réalisatrice Houda Benyamina et des acteurs Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Kevin Mischel et Jisca Kalvanda a eu la gentillesse de venir répondre à nos questions à la fin du film. Retrouvez cette session de questions/réponses dans les vidéos ci-dessous :





LES ENTRETIENS DU DOSSIER DE PRESSE

E n t r e t i e n avec Houda BENYAMINA

Depuis quand ressens-tu que ce film est en toi ?

Mon besoin de créer vient toujours d’un sentiment d’injustice. À l’origine du film, il y a eu les émeutes de 2005, que j’ai vécue de l’intérieur. J’ai raisonné mes proches, mais j’avais moi aussi envie de sortir et de tout défoncer. Je me suis ensuite demandée pourquoi cette colère n’avait pas abouti à une véritable révolte. Au final, il n’y a pas eu de revendications, les jeunes ont brûlé des voitures en bas de chez eux et ne sont pas sortis du périmètre dans lequel ils étaient cantonnés, faute de la maîtrise du verbe, faute d’intelligentsia. Il y a dans l’histoire les fantômes de Zyed et Bouna, et des humiliés de notre société. Je ne dirais pas pour autant que DIVINES est un film de révolte. C’est un constat. Pendant le montage financier du film, on nous a souvent servi « on ne va pas vous aider, il y a déjà trop eu de films de banlieue. » Ça ne veut rien dire, « un film de banlieue ». On ne dit jamais par exemple « il y a déjà trop eu de films qui se passent à Paris. » J’ai tenu, parce que c’est un fait, à ce que la diversité ne soit pas un événement dans mon histoire, et qu’elle soit universelle. Je parle de gens en prise avec leurs émotions et qui font avec les moyens du bord. J’ai voulu donner chair à cette jeunesse trop souvent stéréotypée et méconnue, dans toute son humanité, belle et laide. DIVINES est une tragédie, mais l’humour et la vie sont au centre du film, que je voulais lumineux. Je rêvais aussi d’un film en mouvement. C’était le principal pour moi : explorer ma liberté artistique, obtenir une forme organique. Organique, c’est à dire être dans le cœur et la vérité, pas dans l’intellect. Je ne cherche pas à être didactique, ça ne m’intéresse pas. La parole peut mentir, pas le corps, et je voulais partir des corps.

Dounia, le personnage principal, se réinvente tout le temps dans DIVINES. Comment as-tu écrit ce personnage ?

Avec Dounia, je voulais créer un monstre, et ce terme n’a rien de péjoratif pour moi : elle est hors norme. Le fait qu’elle soit sans concessions, qu’elle porte en elle des rêves bigger than life, qu’elle ne lâche jamais, en fait quelqu’un d’extraordinaire. Je voulais qu’elle soit un héros, une inspiration. Il y a autant de moi dans Dounia, que de Romain Compingt, mon coscénariste qui a une très forte sensibilité dans son écriture. On s’est d’ailleurs glissé dans la peau de tous les personnages, en essayant de ne pas leur coller des idées et de se laisser guider par eux. Il était important que Dounia ne soit pas simplement une fille qui joue les bonhommes. Comme nous tous, elle est multiple, tour à tour féminine, masculine, fille, mère, amante, caïd, femme fatale, bourreau et victime. Oulaya Amamra, qui interprète Dounia, est ma petite sœur. Je la forme dans mes ateliers théâtre depuis qu’elle a 12 ans, tout comme Jisca Kalvanda, qui joue Rebecca. J’ai mis très longtemps à considérer Oulaya pour le rôle, même si c’était une évidence dès le début pour Pierre-François Créancier, le directeur de casting. Je trouvais qu’elle ne dégageait pas la dureté du personnage, et qu’elle était trop jeune pour réussir un tel travail de composition. Qui plus est le tournage allait être dur, j’allais demander à l’actrice des choses extrêmement compliquées, et je craignais que cela n’abîme notre relation. Oulaya a bataillé comme une dingue pour me convaincre du contraire, en participant à tous les ateliers d’audition en tant que réplique. Elle s’est même fait virer de son lycée catholique, a arrêté la danse classique pour se mettre à la boxe ! Elle a fini par s’imposer. Il y a eu une telle fusion entre elle et le personnage qu’elle nous a permis de le faire naître totalement dans les dernières versions du scénario – elle n’était jamais très loin quand Romain et moi écrivions… En plus de sa folie et de sa puissance, elle a apporté à Dounia un sens de l’humour et une gentillesse qui étaient embryonnaires dans les précédentes étapes d’écriture.
Dès le début, Dounia dit : « Mes mains sont faites pour l’or » et des élèves chantent « Money, money, money ». L’argent est un des thèmes majeurs du film ?
C’est le thème politique du film, en confrontation constante avec le thème du sacré. Dounia est plongée dans la vie d’ici-bas, Djigui, son alter ego masculin, est lui dans la vie « d’ici haut ». Leurs aspirations sont universelles : la possession et l’élévation spirituelle. Je ne tiens pas à condamner l’avidité de Dounia. Son véritable objectif, c’est la dignité. Comme Djigui dans son art, la danse, elle est aussi à la recherche du beau. Elle dit : « Mes mains sont faites pour l’or. » Pas l’argent, l’or ! On a tous droit à ce qui est inestimable.

Le film est traversé par les rêves des gens.

Exactement. Tous les personnages du film répondent finalement au même objectif, ils cherchent à s’élever, même l’Imam qui malgré ses discours n’est pas connecté à son réel. Je ne crois ni au bien ni au mal, mais à la nécessité d’apprendre : mes personnages sont en apprentissage. La plus pure est Maimouna, la figure du sacrifice, qui porte l’amour de l’autre dans toute sa gratuité. Tout ce qu’elle veut c’est être là pour Dounia. Le véritable grand amour de l’histoire, c’est celui de ces deux filles, qui fait d’elles des êtres divins : l’amour avec un grand A, l’amour universel.

Comment Déborah Lukumuena (Maimouna) est arrivée jusqu’à toi ?

Nous sommes partis de Laurel et Hardy en pensant le duo de Dounia et Maimouna, dans le paradoxe des corps, avec la petite gringalette qui rêve de puissance et la plus imposante qui n’est que douceur. Pour Maimouna, j’avais envie d’une nana forte avec des formes à l’écran ! Quand j’ai vu les premiers essais de Déborah, j’ai pleuré. Je savais que c’était elle, mais je voulais tester son endurance et son engagement. Je l’ai ainsi préparée pendant neuf mois pour le rôle, sans lui dire qu’elle l’avait. C’était dur, mais elle n’a pas lâché. J’insiste sur le fait que Déborah, Oulaya et Jisca sont des actrices, je ne me suis pas contentée de les filmer telles qu’elles, en mode reportage. Elles ont été capables de porter des rôles de composition, de jouer des émotions et des situations qu’elles n’ont pas vécues, avec humanité, un point de vue, une intelligence. Je ne saurais filmer des gens bêtes. Le plus important pour moi chez les acteurs est qu’ils soient enseignables. Kévin Mischel, qui joue Djigui, est danseur, et il s’est lancé à corps perdu dans l’art dramatique pour le rôle. Je demande à mes interprètes de me suivre à la vie à la mort, même si je les emmène droit dans le mur. Il faut qu’ils y croient quoi qu’il en coûte. C’est la base.
Dans le film, il y a des échos constants entre nous et le ciel. Pourquoi ce thème du sacré ?
L’Islam est vécu comme le grand méchant loup, l’ennemi public numéro un. Pourtant, c’est une religion de l’amour. Le film cite le Coran : « Guide nous vers le chemin de la rectitude. » La rectitude, c’est justement l’aspiration de nous tirer vers le haut. Et l’élévation ne peut passer que par l’amour. Pour moi, c’est essentiel, et c’est pour ça que le film commence dans le rituel, avec cette sensation d’être dans le cosmos. Maimouna est évidemment le personnage le plus connecté à Dieu. Dounia, elle, est dans une contradiction constante entre sa quête de spiritualité et ses ambitions. Elle n’est pas dans son réel besoin. Je trouve qu’il y a très peu de gens qui savent identifier leurs réels besoins, et qui sont capables d’aimer. C’est pourtant la seule et véritable quête. Avec le titre, il y a une revendication très affirmée, où le divin est féminin. En vérité, pour moi Dieu est autant homme que femme. À l’origine, le film s’appelait BATARDE, parce que c’est le surnom qu’on donne à Dounia, dont elle veut se débarrasser en se lançant dans le deal. Mais nommer le film ainsi aurait été réducteur, en un sens cela aurait donné raison aux détracteurs du personnage. Je veux qu’on dise des filles sur l’affiche, une noire et une arabe, qu’elles sont divines, pas des bâtardes. La thématique principale est plus large qu’une histoire de deal et d’identité, c’est effectivement le sens qu’on donne au sacré.

L’écriture aussi, a été un vrai moment de quête...

Pour paraphraser Gabin, le plus important pour moi dans ce travail c’est l’histoire, l’histoire, l’histoire. Et ensuite l’acteur qui arrive pour la porter et la transcender. Seule une écriture béton peut permettre la liberté de créer véritablement sur un tournage. Je voulais une histoire aux enjeux narratifs et thématiques puissants : il a fallu plus de trois ans pour aboutir le scénario. J’ai très vite compris qu’on ne s’improvise pas scénariste, pas plus qu’on ne devient chirurgien du jour au lendemain. Je me considère comme auteure réalisatrice, mais j’ai trop de respect pour la dramaturgie, un art complexe de maîtrise technique et émotionnelle, pour dire que c’est mon métier. Sur les conseils de mon producteur Marc-Benoît Créancier, j’ai rencontré Romain Compingt. J’avais le cœur du projet, il a apporté la science précise pour l’incarner, et je le considère comme le véritable scénariste du film. Il a su s’approprier mes thèmes, les lier à la narration, et travailler l’universalité de mon histoire. Nous n’avons eu de cesse ensuite de questionner les personnages, de déconstruire le scénario pour mieux le consolider. Nous avons formé un binôme « à l’ancienne », une véritable collaboration de réalisateur/scénariste, qui ne s’arrête pas à la mise en production du film, mais l’accompagne jusqu’à la fin. Notre dialogue a été constant, et toujours au service du sens. Pendant le tournage, Romain regardait les rushes tous les soirs, et nous en discutions. On a même statué sur la fin de l’histoire pendant que je tournais, et réécrit jusqu’au montage, au cours duquel il est intervenu ponctuellement. Je me fous qu’une bonne idée vienne de moi, tant qu’elle est bonne. Romain et moi avons eu la chance de faire partis de la sélection annuelle 2013 de la résidence d’écriture GROUPE OUEST ; nous y avons en partie développé le scénario sous la bienveillance des consultants, surtout celle de Marcel Beaulieu (brillant scénariste de FARINELLI et tant d’autres), dans le cadre on ne peut plus inspirant du Finistère. Cet isolement nous a permis de nous connaître encore davantage avec Romain, et je crois que cela a bénéficié à l’écriture. Je revendique un cinéma populaire. Je n’ai pas peur des grands sentiments et des personnages hauts en couleur. Romain croit comme moi que le cinéma est un art généreux, pas seulement réservé à une élite, et que cette optique n’empêche en rien la recherche de la subtilité, au contraire. Par l’émotion et le spectacle, on peut élever les gens et cela commence par l’écriture. Moi, je dis toujours : je respecte mes pères, mais je tue mes pères. Je respecte la Nouvelle Vague, mais je tue la Nouvelle Vague. On doit s’inspirer des anciens, leur rendre hommage même, mais il faut s’en détacher et remettre l’écriture au centre de la création en connexion avec notre temps.

Le cinéma pour toi, c’est une guerre ou une religion ?

Les deux. Dans le Coran, il y a un hadith que j’adore : le vrai « djihad », la plus dure des guerres, c’est celle qu’on mène contre soi-même. Comme je revendique un cinéma en mouvement, je veux que mes collaborateurs le soient aussi. J’ai été un vrai dragon sur le plateau. J’ai exigé de tous d’être comme moi animé d’un besoin viscéral de porter cette histoire, et d’avoir une exigence indestructible. Quand tu pries, tu te laves, cela demande une rigueur et une concentration particulière. En ce sens, le cinéma est pour moi une forme de religion. Je dis toujours que je cherche Dieu en faisant mes films.

Tu as l’impression d’avoir trouvé quelque chose ?

J’ai l’impression d’avoir appris ! Si j’avais trouvé, je ne ferais pas d’autres films. Si je trouve, je meurs.

Tu as créé l’association 1000 VISAGES pour démocratiser le cinéma. Comment relier ton engagement et ta quête artistique ?

Je dois beaucoup à mon association, elle m’a formée aux métiers du cinéma. Je nourris mon artistique de mon engagement et mon engagement de mon artistique. Le mot d’ordre de 1000 VISAGES est l’entraide. Il s’agit de créer librement avec ce que nous sommes, pas ce que les gens attendent de nous. J’ai fondé l’association car je trouvais le cinéma blanc, bourgeois et misogyne. Même en sortant de grandes écoles, sans réseau c’est compliqué de s’imposer, a fortiori si vous êtes noir, arabe, et une femme pour couronner le tout. 1000 VISAGES a pour objectif de détecter des talents dans les quartiers, de les faire émerger en leur proposant des formations (écriture, jeu, mise en scène), des outils pour réaliser leurs projets, des préparations aux grandes écoles (le Conservatoire National, la FEMIS…), cela en créant un réseau dont ils font partis, qui favorise des rencontres avec des professionnels. Ces derniers encadrent et partagent leurs parcours. On a réussi à créer une famille qui ne cesse de grandir. Il y a une nouvelle forme artistique venant des quartiers qui est en train de s’imposer.

On voit beaucoup la précarité dans ce film. Dounia et sa mère vivent d’ailleurs dans un camp de Roms. On a l’impression qu’il y a une volonté de revenir à l’origine quand, dans les années 60, les banlieues étaient des bidonvilles.

Je suis une grande fan d’Elia Kazan, et j’adore AMERICA AMERICA. Je voulais montrer que l’histoire se rejoue toujours. Tu te rends compte que rien n’a changé depuis les années 60 ? On est censé être un peuple intellectuel et moderne, et on laisse les gens dans une précarité terrible. Ce qu’on ne sait pas forcément, c’est qu’il n’y a pas que des Roms dans ces camps. Il y a des arabes, des noirs, des blancs… Je voulais l’incarner, être témoin de la société actuelle. La France, c’est le VIP Room qu’on voit dans le film, mais c’est aussi les bidonvilles.

Le visage de Dounia s’illumine quand elle rencontre Rebecca qui représente l’argent et le pouvoir. Comment est né ce personnage ?

Au début, Rebecca devait être un mec. Pendant mes recherches, j’ai rencontré Habiba, une dealeuse, et j’ai découvert que le caïd était une meuf ! Habiba est quelqu’un d’extraordinaire, d’une autorité fascinante, et je me suis beaucoup inspirée d’elle pour Rebecca. Pendant l’écriture avec Romain, il y a eu toute la montée de l’extrême droite avec les résultats des Européennes, et nous en avons beaucoup discuté. Comment elle s’était intégrée dans le paysage politique, fait de ses idées des concepts qui ne choquent plus grand monde… Il voulait en parler, le dénoncer. Cela a nourri ma réflexion. Un jour, je l’appelle et je lui dis : c’est Rebecca le personnage politique du film ! Elle cherche le pouvoir, elle revendique le quant à soi, la possession, elle n’incarne pas des valeurs, elle prône l’individualisme et c’est comme ça qu’elle séduit. C’est ça la politique aujourd’hui.

Et pour une « bâtarde » comme Dounia, Rebecca devenait son père.

Sa mère de substitution, surtout. Si on me dit qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes dans mon film, je dirais à mes confrères réalisateurs qu’il n’y a pas beaucoup de femmes dans les leurs. La recherche de la reconnaissance et du pouvoir n’est pas l’apanage des hommes.

Le thème du féminisme est extrêmement présent.

Non. Je n’ai pas fait un film féministe, j’ai fait un film humaniste.

Qu’est-ce que tu visualises pour DIVINES aujourd’hui ?

De l’émotion naît la réflexion… Je dis souvent que j’aurais pu poser des bombes, et que j’ai préféré poser des questions. J’espère qu’après avoir ri, pleuré, aimé avec Dounia et Maimouna, le public interrogera notre société, notre place en son sein, et surtout le rôle crucial de l’intime dans tout ça. Je souhaite que chacun questionne la nature et le sens de sa quête personnelle.

Houda BENYAMINA Houda Benyamina est une réalisatrice engagée et autodidacte. Diplômée de l’ERAC (École Régionale d’Acteurs de Cannes), elle se forme à la réalisation grâce à l’association 1000 VISAGES, qu’elle a fondé en 2006 pour démocratiser le cinéma. C’est avec cette structure qu’elle réalise son premier court-métrage MA POUBELLE GÉANTE (2008), grâce auquel la repère son producteur Marc-Benoit Créancier. Son moyen-métrage SUR LA ROUTE DU PARADIS (2012), a été primé dans de nombreux festivals. Avec DIVINES, Houda est lauréate du Groupe Ouest et de la fondation Gan pour le cinéma en 2014.

FILMOGRAPHIE
2016 DIVINES - 1er film
2012 SUR LA ROUTE DU PARADIS - Moyen-métrage
2008 MA POUBELLE GÉANTE - Court-métrage

E n t r e t i e n avec Romain COMPINGT (Co-scénariste)

Parle-nous de ton travail avec Houda Benyamina.

Avant de travailler pour DIVINES, j’avais écrit la comédie POPULAIRE (de Régis Roinsard), qui n’a a priori rien à voir avec l’univers d’Houda. Mais elle a voulu me rencontrer parce qu’elle a perçu dans le film une sensibilité qui lui a parlé ; elle était sûre que c’était la mienne. Cela m’a beaucoup intrigué. Houda et moi, on se rejoint sur le fait qu’on veut avant tout faire vibrer les gens, et ne pas être cantonnés dans un genre. Je ne crois pas aux recettes toutes faites des manuels de dramaturgie, mais je crois qu’il y a des choses ancestrales dans la narration qu’il faut connaître, que l’œuvre soit estampillée « moderne » ou pas. J’aime l’intransigeance d’Houda et son opacité aux modes, à « ce qui se fait. » Comme elle, je suis persuadé du pouvoir réunificateur de l’émotion. Sur DIVINES, il y a eu des séances de travail où on parlait de Marilyn Monroe, on se demandait comment elle agirait à la place de Dounia, pour explorer toutes les palettes possibles du personnage. Toutes les références étaient bonnes à prendre, tant qu’elles parlaient de l’humain. J’ai une admiration sans borne pour Houda. Personne ne m’avait accordé une telle confiance et un tel respect. Elle m’a poussé dans mes retranchements, m’a forcé à exprimer la colère, la folie et la liberté dans mon écriture. Pour moi, écrire est un acte de foi, tout comme le cinéma l’est pour elle.

Comment arrive t-on à se connecter à cette histoire quand on ne vient pas du tout de ce milieu ?

C’est en fait ce qui m’a convaincu de travailler sur le projet. J’ai d’abord dit à Houda que je ne me sentais pas légitime pour parler de la banlieue, que je ne la connaissais pas. Houda a rétorqué : « Mais l’amour et l’amitié, tu connais, non ?! » J’ai adoré cette approche, elle a résonné en moi. J’ai connu très tôt des milieux et des gens très différents. Ma grand-mère maternelle était juive et venait d’Algérie, chez elle on s’engueulait en arabe. Elle s’est convertie au catholicisme pour épouser mon grand-père, un auvergnat : tu imagines le choc des cultures. C’est une richesse inestimable qui a bercé mon enfance, et qui m’a convaincu de l’universalité des êtres au-delà des circonstances sociales et religieuses. Je crois profondément à cette universalité-là, et c’est toujours ce que j’essaie de faire ressortir dans mon travail. Les thèmes d’Houda m’ont parlés intimement, et m’ont permis d’être en symbiose artistique avec elle. Ce que ça veut dire de grandir trop vite, d’être le parent de ses parents, ce sentiment d’être mis de côté par les autres, la recherche de la reconnaissance et de l’amour : nous parlions le même langage à propos de tous ces sujets. Qui plus est, l’opulence que Rebecca fait miroiter à Dounia, c’est ce que la société nous fait miroiter à tous, quel que soit son milieu et son parcours.

Quelles ont été les difficultés dans ce travail sur le scénario ?

J’ai eu du mal à me débarrasser de certains clichés, notamment pour le personnage de Dounia que j’ai mis très longtemps à apprivoiser. L’un des déclics s’est fait sur la scène où elle raconte son rêve récurrent. J’ai enfin pu me projeter en elle. Une autre des difficultés majeures du scénario a été de tisser les fils narratifs de cette histoire foisonnante aux multiples personnages - d’éviter qu’on ait le sentiment qu’il y ait quatre fins et quatre débuts, par exemple. De faire en sorte que l’ensemble forme un tout et ne soit pas une chronique. Et enfin les dialogues : on a pris pas mal de fous rires avec Houda quand elle a découvert mes premières propositions. Elle me disait « Mais attends, y a que chez toi qu’on parle comme ça ! » Elle m’a poussé vers quelque chose de plus radical. Passer du temps avec Oulaya et les jeunes de 1000 VISAGES m’a permis de m’approprier leurs expressions.

Dans ce film, les dialogues sont plus tournés du côté des grands sentiments que des bons sentiments. Les rapports humains, d’amour ou d’amitié, visent l’élévation par les dialogues... Les dialogues du film sont très bien ciselés, clairs et poétiques.

Le goût pour la poésie, c’est aussi quelque chose qu’on partage avec Houda. On aimait également l’idée de surprendre les gens, de faire en sorte que Dounia et Maimouna se mettent d’un coup à parler de Dieu en fumant un pétard, ou que Djigui se fasse philosophe dans sa danse. On n’attend pas ça de ces jeunes, et c’est un préjugé. Ce qui est crucial dans le travail sur les dialogues, c’est le sous texte qui indique les états d’âmes du personnage, ainsi que sa vision du monde. Qui dévoile même parfois une vérité que le personnage ignore, mais qu’il porte en lui. J’aime les dialogues qui sont limpides sans être explicatifs. Je crois aussi à leur précision. Il faut trouver le bon mot, le bon rythme dans leur structure, la musique de chaque personnage. C’est comme travailler sur une symphonie, où l’instrument de chacun donne une profondeur aux situations, et raconte autre chose que ce qui se dit.

E n t r e t i e n avec Oulaya AMAMRA (Dounia)

Parle-nous de Dounia.

Dounia habite dans un camp de Roms avec sa mère, Myriam. Elle ne connait pas son père et dans la cité, tout le monde l’appelle « la bâtarde ». C’est une fille qui veut s’élever vers le sacré. Elle a un rapport particulier à la religion, mais elle ne sait pas vraiment comment l’aborder. Elle combat ses démons, tout ce qui la pousse à faire des bêtises. C’est son amie Maimouna qui la ramène au sacré. Dounia, elle, est en quête de dignité ! Elle a de la fierté, elle veut pouvoir être reconnue pour ce qu’elle est, et elle veut sortir sa mère de la merde.

Comment tu l’as jouée ?

En plusieurs étapes. D’abord, Houda a voulu gommer le côté féminin et délicat que je pouvais avoir. Elle voulait qu’on trouve un côté rugueux, un côté bonhomme ! Ce personnage est donc venu par l’attitude. Je devais changer ma manière de parler, de me comporter. J’ai fait une longue préparation physique (Boxe, parkour) pour endurcir. J’observais les filles bonhommes qui parlaient, marchaient, mangeaient… Après, j’ai vu beaucoup de films comme TAXI DRIVER ou encore SCARFACE. Houda m’a aussi montré des documentaires animaliers : il fallait analyser comment les félins et tigres se déplacent. Dounia, c’est une guerrière, mais elle aussi est féline ! Quand elle va devoir vaincre ses peurs, elle va être obligée de se féminiser.

Un souvenir du tournage ?

J’ai beaucoup aimé tourner la scène du BEP, qui m’a énormément appris sur le jeu d’acteur. La séquence était très longue, on a très peu coupé : j’ai compris à cette occasion la difficulté du plan séquence, la masse de technique que cela demande. Il fallait rester concentré tout au long de la scène, sinon on reprenait tout depuis le début. Je passais d’une émotion à une autre, mais j’ai avant tout pris plaisir à me mettre en scène, dans tous les sens du terme : au BEP, Dounia se donne en spectacle. Secrètement, j’aime beaucoup faire le clown, et j’admire le personnage pour ça, j’aimerais avoir autant de confiance en moi qu’elle. Elle s’amuse de sa prof et en même temps, du haut de ses 15 ans, elle soulève sans s’en rendre vraiment compte des réels problèmes de la société, comme les stéréotypes qu’il y a dans certaines filières professionnelles. J’ai observé plusieurs cours de BEP accueil pour comprendre pourquoi elle en arrivait là, et j’ai intégré ce que la réalisatrice voulait dire : chaque mot de Dounia était pesé. Dans cette scène il y a tellement d’enjeux politiques, économiques… Et aussi en terme d’intrigue : c’est l’étape numéro 1 du personnage, elle prend un tournant en quittant le BEP. Elle se pose des vraies questions, et à ce moment du film, c’est son objectif qui naît : elle veut être tout en haut, d’ailleurs elle le dit.

C’est quoi « une actrice » ?

Un acteur ne joue pas, il est. Il doit être à l’écoute. Mes références absolues restent De Niro et la grâce de Romy Schneider. Un acteur c’est quelqu’un qui intègre son vécu, son imaginaire et sa sensibilité dans le personnage. Un acteur, c’est un corps. Pour moi, la psychologie d’un personnage passe par ce qu’il fait. Je me dis : « Et si j’étais à sa place, comment je réagirais ? » On ne joue pas un rôle on le devient, et c’est ce que j’ai fait pour Dounia. J’ai d’abord enfilé ses vêtements, j’ai commencé à fréquenter les endroits où elle pourrait aller, et je l’ai mise dans ma peau et j’ai eu du mal à la faire sortir à la fin du film. Il m’a d’ailleurs fallu plusieurs mois pour la sortir totalement de moi, mais cela fait partie des nombreuses choses que ce tournage m’a appris. J’ai grandi.

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

Mon rêve, c’est d’entrer à la Comédie Française. Je fais du théâtre depuis l’âge de 12 ans, et ça reste mon premier amour, avant le cinéma. C’est lorsque j’ai vu pour la première fois LE MALADE IMAGINAIRE de Molière à la Comédie Française en 2001 que j’ai compris que c’est ce que je voulais faire. De l’endroit où je viens, c’est important pour moi la reconnaissance. Mais ce n’est pas seulement ça qui me motive : je veux être aussi forte que ces comédiens, je veux me confronter aux grands textes. C’est pour ça que cette année j’espère intégrer le Conservatoire, si Dieu le veut.

E n t r e t i e n avec Deborah LUKUMUENA (Maimouna)

Parle nous de Maimouna.

Maimouna, c’est la meilleure amie de Dounia, et la seule personne qui la comprend. Elle n’est absolument pas confrontée aux mêmes difficultés qu’elle, pourtant elle sait l’écouter. Alors que Dounia n’a pas de père et vit dans un camp de Roms, Maimouna a un cadre familial strict, et elle est fille d’imam. Elle a de la compassion pour Dounia, elles sont comme deux sœurs. Je la trouve touchante parce que justement, elle est soumise à Dounia mais elle sait appréhender la misère de sa copine.
Elle lui dit surtout qu’elle sera « toujours là pour la rattraper »
C’est une amitié qui n’est pas liée par le sang, mais par la tendresse, l’amour. Elles sont tellement humaines ! Il y a ce lien fusionnel qui va les porter tout le long du film. Mais il faut quand même rire, et Maimouna n’est pas forcement discrète. Elle est haute en couleurs ! C’est une fille qui est très en avance par rapport à son temps : elle a des formes, elle les met en valeur et elle m’a énormé- ment appris. Quand on est dans sa chambre, elle a Beyoncé accrochée au mur. C’est l’image de la femme formée, dominante.

Un souvenir de tournage ?

Sans forcément parler de Maimouna, ce serait un souvenir personnel, en tant que comédienne, dans une scène à la fin du film où physiquement et intellectuellement je devais tout mettre au service de mon personnage. Ce moment reste ancré parce que j’ai l’impression, en toute modestie, que j’ai atteint ce que je devais atteindre. J’ai arraché mon voile de pudeur. Quand on débute et qu’on doit utiliser des choses qui appartiennent à notre intimité, on pense que c’est une intrusion injuste. Même si je suis amoureuse du cinéma, je me suis dit : « Tout ça pour ça ? ». Me dire que mes souffrances comme ma gaîté pouvaient être mes armes m’a bouleversée.

C’est quoi « une actrice » ?

C’est un faiseur de catharsis ! Les acteurs sont extrêmement complexes et contradictoires parce qu’ils vont passer leurs vies à être des autres. Mais c’est en étant quelqu’un d’autre qu’ils seront le plus eux-mêmes. J’ai vu Oulaya, ma partenaire, s’épanouir dans un personnage qui était le contraire d’elle-même. Mais finalement, c’était elle ! Je dis faiseur de catharsis aussi parce que j’ai l’espoir que quand le spectateur sort de la salle, il ne soit pas forcément impressionné par ce qu’il a vu à l’écran mais par ce que ça lui a donné, que ça engage chez lui une réflexion, une remise en question. Celle qui réussit à créer ça, c’est vraiment une actrice. J’aime énormément Gena Rowlands. Je l’ai vue dans deux films de Cassavetes, j’étais bluffée ! Elle a une certaine nonchalance. Comme Gérard Depardieu qui reste nonchalant, mais c’est limite une élégance !

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

Mon rêve, c’est que lorsqu’il y a des actrices noires à l’affiche, ça ne soit pas vécu comme un événement. C’est triste en 2016, mais on en est encore au stade de demander ça ! On doit se faire notre place.

E n t r e t i e n avec Jisca KALVANDA (Rebecca)  

Parle-nous de Rebecca.

C’est une business woman qui sort de prison. Elle gère plusieurs terrains de deal dans une cité de Montreuil. Ce n’est pas du tout moi. Dans la vie, je n’aime pas donner d’ordres. Rebecca, elle, c’est une chef de file. C’est un personnage masculin, mais elle reste féminine. Par exemple, quand elle est un jogging, en haut, elle va provoquer et mettre un décolleté. A elle, personne ne dira rien. Mais elle fait également rêver Dounia : ses voyages en Thaïlande, son argent… Elle est vraiment dans le monde de maintenant. Elle ne se pose pas des questions sur le sacré comme peut s’en poser Dounia. Elle est sans foi ni loi, elle en veut toujours plus. Pour elle, tenir un terrain de deal, c’est une entreprise, un métier comme un autre.

Un souvenir de tournage ?

En Thaïlande ! J’ai pris du plaisir à danser sur les barres de strip-tease (rires) ! Là-bas, j’ai compris Rebecca. J’ai compris à quel point elle n’avait peur rien, qu’elle pouvait tout faire : embrasser n’importe qui, flamber, etc. Elle est puissante.

C’est quoi « une actrice » ?

Ce n’est pas quelqu’un qui joue, c’est quelqu’un qui est. Quand t’es comédien, tu te dois de donner, d’être à l’écoute, d’être intelligent. Je trouve que Vincent Cassel est extraordinaire. Chez les femmes, Catherine Deneuve.

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

D’avoir beaucoup d’argent comme Rebecca (rires) ! Non, d’être heureuse, de vivre de ma passion, et d’être avec les gens que j’aime.

E n t r e t i e n avec Kévin MISCHEL (Djigui)

Parle-nous de Djigui.

Djigui est avant tout un personnage qui cherche à exister dans ce qu’il le passionne. Il est animé par une force… il est en quête. Puis il rencontre Dounia et se confronte à cette fille qui l’intrigue. Un jeu va s’installer…tout cela va finir par le dépasser.

Un souvenir de tournage ?

Le souvenir le plus marquant du tournage pour moi a été un moment mélangeant jeu et danse, un moment de lâ- cher prise, où peu importait le mouvement…le dépassement de soi était le plus important. Une vraie fusion entre les êtres… la quête vers le sublime. C’était le dernier jour de tournage et le personnage rentrait en état de grâce…du moins tout le contexte était fait pour. Et cela m’a rappelé beaucoup de choses de mon propre passé.

C’est quoi « un acteur » ?

Je dirai quelqu’un de sensible et instinctif à la fois… qui n’a pas peur de se confronter. C’est assez proche d’un danseur en réalité.

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

J’ai eu la chance d’atteindre des choses inimaginables… Quand je vois d’où je viens, c’est dingue ! Aujourd’hui, mon rêve reste assez simple. Fonder une famille et avoir des enfants…avoir des petits qui courent partout. Il y a une citation qui me parle « Rêve pas ta vie et vis tes rêves ».