mercredi 17 janvier 2018

FAMILIE FLÖZ - HOTEL PARADISO



A Bobino - Paris du 16/01 au 04/02/18


La Familie Flöz est un phénomène international inclassable qui a conquis le monde entier en développant un irrésistible langage trash et burlesque. Mêlant théâtre du masque, mime, illusion, danse, acrobatie et art du clown, La Familie Flöz vient nous présenter son spectacle Hotel Paradiso, l’un des chef-d’oeuvre de la compagnie. Hotel Paradiso sera joué pour la première fois à Paris du 16 janvier 2018 au 04 février 2018 sur les planches de Bobino.

Dans Hotel Paradiso, la succession de péripéties rocambolesques, la précision des gestes et de la bande-son donnent vie et poésie à cette tribu mi-humaine mi-marionnette. Il faut dire qu'il se passe des choses étranges à l'Hotel Paradiso de la Familie Flöz, un respectable petit hôtel de famille désuet qu'une vieille dame et ses enfants tentent de maintenir en activité. Sans parole mais si expressive, c'est une comédie magistrale unique en son genre à partager en famille et entre amis.

Le collectif de mime berlinois Familie Flöz nous entraîne dans son univers où se mêlent danse, acrobatie et clown. La Familie Flöz débarque en France avec Hotel Paradiso, l’un des chef-d’oeuvre les plus mordants et délirants de la compagnie. A ne pas rater à partir du 16 janvier 2018 à Bobino.


Depuis plus de 20 ans, la compagnie de renommée internationale Familie Flöz tourne dans le monde entier avec leurs nombreux spectacles comme Teatro Delusio, Infinita, Garage d'or, et donc Hotel Paradiso, spectacle aussi irrésistible qu'inclassable qui va pour la première fois être joué à Paris à Bobino du 16 janvier 2018 au 04 février.

Chaque spectacle de la Familie Flöz est le fruit d’un processus collectif et donne vie à tout un monde personnel, un monde habité de personnages et d’histoires animés par le désir de quitter leur cachette pour se frayer un chemin vers la lumière.

Distinguée par de nombreux prix internationaux, la Familie Flöz interroge et renouvelle les disciplines centenaires comme l’art de l’acteur, le théâtre de masques, la danse, l’art du clown, l’acrobatie, la magie et l’improvisation, pour créer des spectacles aux univers poétiques aussi émouvants que drôles.

A l'Hotel Paradiso, le chemin vers le ciel fait traverser l'enfer. Les événements fantasques se produisent dans le petit Hotel Paradiso, entreprise familiale dans la montagne jouissant d’une longue tradition respectable et ménagée avec difficulté par la mère de la famille. 

C’est un hôtel quatre étoiles qui promet que sa source d’eau minérale soulagera toutes les souffrances psychiques et physiques. Pourtant, des nuages noirs s’approchent à l’horizon. Le fils de la maison rêve du grand amour pendant qu’il mène une lutte acharnée à mort contre sa soeur pour devenir directeur de l’hôtel. La bonne vole les biens aux clients et ce ne sont pas seulement les moitiés de porc que le cuisinier débite à la scie...

Drôle, semé de rebondissements inattendus, Hotel Paradiso épate par sa profondeur en plus de sa façon de réinventer des gags vieux comme le monde avec la cruauté requise dans cette folle histoire. Le tout est servi avec une vélocité étourdissante dans les enchaînements. On est d’ailleurs épatés, lors du final sous un tonnerre d’applaudissements, de découvrir que ce spectacle d’au moins douze personnages n’est joué que par… quatre comédiens !

SUR SCÈNE – FAMILIE FLÖZ : Anna Kistel ou Marina Rodriguez Llorente, Sebastian Kautz, Daniel Matheus, Nicolas Witte

Ce que j'en ai pensé : l’hôtel Paradiso de la Familie Flöz n’a pas grand-chose de paradisiaque contrairement à ce que son nom indique. On y célèbre les absents et on n’hésite pas à se débarrasser des gêneurs.

Cette farce macabre a le mérite d’être originale et sympathiquement étrange. Elle réussit à intégrer des moments d’humour, de poésie et d’émotion. Aucune parole, tout est mimé. Seuls la musique et quelques sons viennent accompagner le déroulement des événements. Les personnages portent des masques et les visages sont étonnamment expressifs. On ne sait pas trop à quoi s’attendre et le spectacle en lui-même est surprenant. Le seul reproche que j’ai à formuler réside dans les longueurs qui s’installent assez souvent, rendant le rythme inégal, sauf à la fin où l'action s'accélère. L’humour situationnel et de répétition fonctionnent bien. L’histoire est simple, la compréhension est donc aisée. Les acteurs utilisent de multiples talents pour nous faire rire ou nous émouvoir par petites touches. La transmission de leurs émotions par leurs expressions corporelles est très réussie. La mise en scène utilise tous les recoins du décor pour nous raconter cette histoire, c’est assez malin.

Cette troupe berlinoise nous propose un spectacle inattendu et surprenant. Malgré les longueurs, il est intéressant à découvrir si on aime les tons décalés et les concepts théâtraux originaux.


Bobino – 14-20 Rue de la Gaité – 75014 Paris 
Infos pratiques et réservations: www.bobino.fr 

 
#TheatreBobino

 
#HotelParadiso

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mardi 16 janvier 2018

VERÓNICA


Épouvante-horreur/Une réalisation intéressante, bonne construction d'ambiance, très bien interprété, le scénario reste un classique du genre

Réalisé par Paco Plaza
Avec Sandra Escacena, Bruna González, Claudia Placer, Iván Chavero, Consuelo Trujillo, Ana Torrent, Ángela Fabián, Carla Campra...

Long-métrage Espagnol
Durée: 01h45mn
Année de production: 2017
Distributeur: Wild Bunch Distribution

Date de sortie sur les écrans espagnols : 25 août 2017
Date de sortie sur nos écrans : 24 janvier 2018

LE FILM D’HORREUR N°1 AU BOX-OFFICE ESPAGNOL


Résumé : À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s'en prendre à sa famille.

Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.

Bande originale 1 (VOSTFR)



Bande originale 2 (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé le réalisateur Paco Plaza adopte un point de vue proche du documentaire pour nous introduire cette histoire inspirée de faits réels (ou du moins rapportés comme tel dans un rapport de police). Le film nous fait suivre la descente aux enfers d'une jeune fille possédée par des esprits malins. La reconstitution de l'ambiance du début des années 90 en Espagne est très maîtrisée. Elle témoigne d'une époque où les téléphones avaient des fils et où il n'était pas possible de demander à Google comment régler ses problèmes. Cela ajoute à la tension propre au désespoir de cette jeune fille face à une situation qu'elle ne comprend pas et qui l'isole. Bien que l'intrigue traverse les habituelles manifestations propres aux événements paranormaux liés aux possessions, la façon qu'à le réalisateur d'enrouler des faits étranges autour du quotidien est efficace. Les effets spéciaux sont classiques, mais ils sont en adéquation avec l’atmosphère du quotidien évoqué ici et ils demeurent inquiétants à l’écran. Sans vraiment parler de peur, on reste curieux face au déroulement de cette histoire et l'angoisse se rappelle à nous par moments. 



Les jeunes acteurs sont supers. Venica est interprétée par Sandra Escacena qui est tout à fait convaincante dans son portrait d'une adolescente sensible et responsable, ce qui aide à crédibiliser l’histoire présentée ici. 



Les petites sœurs de Venica, Lucia et Irene, sont respectivement interprétées par Bruna González et Claudia Placer. Ces deux petites filles sont attachées à leur grande sœur et lui offrent leur confiance. Quant au petit Antonito, le benjamin, il est interprété par le très chou Iván Chavero. Cette fratrie est attachante, ce qui participe à augmenter l’intérêt du spectateur par rapport à leur sort.



VERÓNICA ne renouvelle pas le genre de la possession démoniaque, cependant, il fait bien le travail, notamment pour construire son ambiance spécifique et replacer l'histoire dans le contexte de l’époque. Il plaira aux amateurs du genre, tout en impressionnant ceux ou celles qui ne se sont jamais frottés aux esprits malins au cinéma.

Crédit photos © 2018 Wild Bunch

NOTES DE PRODUCTION

(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

NOTE DU PRODUCTEUR, ENRIQUE LOPEZ LAVIGNE

Le projet a vu le jour à l’automne 2007, à la suite d’une conversation avec un policier de la brigade criminelle qui nous a fourni des informations au sujet d’une affaire non résolue, en lien avec un phénomène paranormal. S’agissant d’une enquête de police, ce dossier avait un intérêt supplémentaire pour nous autres producteurs, parce que l’affaire a fait parler d'elle sur Internet, et que nous travaillons avec Iker Jiménez, producteur d'émissions de télé et de radio. Les multiples facettes de l’affaire, la force d'un drame familial, et la dimension paranormale sont autant d'ingrédients particulièrement stimulants pour la création d’un film au moment où le cinéma espagnol triomphe grâce à ses jeunes prodiges qui évoluent en Espagne mais aussi partout à travers le monde. En 2009, notre choix s’est tout de suite porté sur un jeune scénariste du nom de Fernando Navarro, qui nous a aidés à jeter les bases d’une histoire alliant horreur et drame familial. Ce mélange surprenant est nourri de références à une histoire vraie que nous avons un peu modifiée. L’héroïne est une adolescente du nom de Veronica qui meurt des suites d’une crise d’épilepsie causée par des visions et autres phénomènes étranges restés inexpliqués. 

La principale difficulté à laquelle nous avons été confrontés est que l’adolescente meurt à la fin sans que l’on puisse expliquer pourquoi, laissant ainsi le spectateur sur sa faim face à ce dénouement particulièrement frustrant. Nous avons fini par nous dire qu’un réalisateur innovant pourrait trouver une solution à ce problème. Nous avons donc fait appel à Paco Plaza, réalisateur de [REC], la saga la plus populaire du cinéma espagnol. 

Paco a étudié le projet, s’est donné beaucoup de mal pour trouver une solution mais a fini par nous avouer en 2010 qu’il n’y était pas parvenu. Nous avons donc mis VERÓNICA de côté et avons depuis produit douze films pour la société de production Apache qui n’avaient cependant pas le potentiel de cette histoire. 

Quatre ans plus tard, Paco m’a rappelé. Il était en discussion depuis des mois au sujet d’un projet international, ce qui lui convenait plutôt bien, mais voulait me reparler de cette histoire qu’il ne pouvait pas s’ôter de la tête. 

Paco avait finalement trouvé une solution à notre problème grâce à Fernando Navarro. Nous pouvions donc maintenant raconter l’histoire de Veronica, qui vit avec sa famille dans un appartement dans le quartier de Vallecas à Madrid et qui décide un jour de jouer avec une planche de Ouija. 

Paco demande alors une équipe de professionnels de haut niveau et sollicite la possibilité d’explorer toutes les options possibles de l’histoire : celle-ci se déroule dans un appartement avec des acteurs victimes d’une force inconnue, capable de provoquer une attaque cardiaque chez une adolescente et de la faire mourir de peur. 

Le réalisme émanant d’une histoire inspirée de faits réels nous a aussi permis d’explorer la dimension humaine de cette histoire. Nos influences les plus évidentes sont peut-être CAMINO de Javier Fesser et L’EMPRISE de Sydney Furie. Dans ces deux films, c’est une femme victime d’événements incontrôlables qui tient le rôle principal. On a un personnage très humain qui doit faire face à des événements inexplicables. 

Le film, tourné dans le quartier de Vallecas à Madrid, parle une langue universelle : celle de l’émotion et de l’action. 

NOTE D'INTENTION DU RÉALISATEUR, PACO PLAZA

PEUT-ON MOURIR DE PEUR ? 

Pour la première fois de l’histoire de l'Espagne, un rapport de police révèle la présence d’éléments surnaturels inexpliqués lors d’une enquête. Les agents de police ont affirmé dans un document officiel avoir été témoins de phénomènes qui leur étaient inconnus. Ils affirment aussi que certains phénomènes étaient complètement inexplicables. C’est ce qu’on appelle désormais l’affaire Verónica. 

Produire un film inspiré de faits réels représente une immense responsabilité. C’est un défi de taille que de raconter ces événements en raison des preuves terrifiantes que nous possédons et du dénouement tragique. En tant que spectateur d’un film d’horreur inspiré de faits réels, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui est vrai et ce qui relève de l'imagination et qui a été intégré pour créer un effet d’autant plus fort sur le public. Quand on lit les mots inspiré de faits réels, on ne peut qu’être pris de frissons et se demander si ce genre d'événements pourrait vraiment se produire dans la réalité. 

Réaliser ce film sur ce qu'on a surnommé le dossier Vallecas nous confronte à la difficulté d’agencer, dans un intérêt dramaturgique, le nombre considérable de détails, de témoignages et de preuves liés à l’affaire. Le problème le plus difficile à résoudre a été la façon d’aborder les faits, le terrible destin de notre héroïne. La solution la plus évidente à nos yeux a été la narration à la première personne du cauchemar vécu par l’adolescente. 

Verónica règne sur un monde enfantin imaginé par ses frères et soeurs au sein de leur appartement ; la porte d’entrée représente le dernier rempart contre la folie et les enfants se réfugient derrière elle pour faire face aux événements terrifiants qui se produisent. Verónica se retrouve prise entre enfance et adolescence, comme pour faire écho au monde qui l’entoure. L’Espagne du début des années 90, d’avant les Jeux Olympiques de Barcelone, traverse sa propre adolescence et se tourne peu à peu vers l’âge du numérique, et tente de devenir un pays moderne. 

L’image que j’ai souhaité donner dans ce film, c’est celle de l’enfant qui devient femme, qui abandonne le monde magique de l’enfance. Il s’agit de dresser un portrait fidèle de Verónica et de l’environnement dans lequel elle évolue sans se poser la question de l’analyse rationnelle. C’est en cela que le film offre un regard de terreur de façon naturelle ; on ne veut pas de quelque chose d’imposé de l’extérieur, mais on adopte plutôt le point de vue de l’héroïne. 

Parfois, avec Fernando Navarro, le coscénariste, on se disait en plaisantant qu’on voulait que le film ressemble à un remake d’un film de Carlos Saura, mais qui aurait été réalisé par James Wan. Cette petite blague révèle pourtant bien l’essence du film : Verónica et ses frères et soeurs évoluent dans un monde où ils sont comme de petits Robinsons abandonnés par leurs parents qui passent leur temps au travail ; le cauchemar est renforcé par leur point de vue d’enfant qui crée un univers effrayant, jusqu’au dénouement tragique. 

Le directeur de la photographie, l’équipe artistique, mais aussi le jeu des acteurs, nous ont permis de construire cet univers, de recréer une vision idéalisée de l’esprit du début des années 90. Les références culturelles et visuelles sont puisées dans cette époque, mais la façon de filmer est tout à fait actuelle. 

Ce mélange de réalisme et d’horreur se rapproche de [REC], même s’il y a aussi de nombreuses différences entre les deux films. Si l’horreur fonctionne dans [REC], c’est grâce aux archétypes bien identifiables du lieu, mais aussi l’impression que l’on donne à voir un monde réel et familier dans lequel on a tenté d’insérer des éléments caractéristiques du genre. 

Le seul véritable point commun entre ces deux films, c’est cet esprit. Dans [REC], le mouvement de la caméra est vif et brutal parce qu’il adopte le point de vue du personnage, ce qui a un effet particulièrement télévisuel. VERÓNICA est un film de genre. 

L’esthétique est sublime, inspirée par les innovations de Luis Cuadrado, mais dans un style gothique. Le langage est sophistiqué, mais sans laisser de côté la nature spectaculaire du film d’horreur ; la bande-son est bien pensée et permet de sublimer l’image, sans mettre en péril l’expérience sensorielle. On se glisse complètement dans la peau de l’héroïne, on adopte son point de vue mais aussi tous ses autres sens. On tente de communiquer au spectateur la terreur de Verónica lors de ces événements d’un point de vue presque subjectif. 

Dans la dernière partie du film, on trouve un plan séquence de 20 minutes. On y évolue aux côtés de Verónica tandis qu’elle affronte son pire cauchemar sans aucune coupure, si bien que le spectateur se retrouve en complète immersion. On va voir de nos propres yeux cette présence inconnue qui la hante, mue par le désir d’abolir la frontière entre son monde et le nôtre. 

J’essaye de me mettre dans la peau de cette adolescente terrifiée et d’y inviter le spectateur par la même occasion, tout en conservant l’équilibre entre la perte de l’innocence et l’horreur. Quand je pense au style du film et à la prestation de la comédienne, j’ai l’impression qu'il s'inscrit dans la lignée de CRIA CUERVOS, ou qu'il est un proche cousin de LAISSE-MOI ENTRER. Il s’agit bien d’un récit traditionnel de perte d’innocence, mais c’est aussi un film d’horreur atroce et terrifiant. On s’intéresse bien sûr à la psychologie des peurs enfantines, mais on veut aussi que le spectacle soit effroyable et particulièrement intense. On souhaite que les gens face à l’affiche du film qui annonce ‘inspiré de faits réels’ se disenta est-ce que c’est vraiment arrivé ? tandis qu’un frisson leur parcourt le dos. Et qu’ensuite une petite voix leur réponde oui.

  
#VeronicaLeFilm


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lundi 15 janvier 2018

BLADE RUNNER 2049


Dès le 4 février en achat digital
En vidéo le 14 février 2018

L'impressionnante œuvre, visuellement spectaculaire, de Denis Villeneuve sort en vidéo dans un mois, ce qui va nous donner l'occasion de (re)découvrir tranquillement cette aventure dans nos salons. De multiples coffrets seront disponibles, nous allons donc avoir le choix. Pour rappel, mon avis sur ce long-métrage est ici.


Un film de Denis Villeneuve
Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Dave Bautista et Mackenzie Davis





Résumé : en 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par Wallace Enterprise.
L’officier K (Ryan Gosling) est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordresdes humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de change r le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard (Harrison Ford), un ancien Blade Runner qui a disparu depuis trente ans ...

ÉDITIONS NATIONALES

DVD + DIGITAL ULTRA VIOLET
BLU-RAY + DIGITAL ULTRA VIOLET
4K ULTRA HD + LE BLU-RAY 3D + LE BLU-RAY + DIGITAL ULTRA VIOLET




ÉDITIONS LIMITÉES





#BladeRunner2049


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vendredi 12 janvier 2018

3 BILLBOARDS - LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE


Drame/Comédie/Des dialogues savoureux et de superbes acteurs pour une histoire pleine d'humanité

Réalisé par Martin McDonagh
Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, John Hawkes, Lucas Hedges, Caleb Landry Jones, Samara Weaving...

Long-métrage Britannique/Américain
Titre original : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri 
Durée: 01h55mn
Année de production: 2017
Distributeur: Twentieth Century Fox France 

Date de sortie sur les écrans américains : 10 novembre 2017
Date de sortie sur les écrans britanniques : 12 janvier 2018
Date de sortie sur nos écrans : 17 janvier 2018

Ce film a reçu 4 

Meilleur film dramatique
***
Meilleure actrice (film dramatique) :
Frances McDormand
***
Meilleur acteur dans un second rôle (film dramatique) : 
Sam Rockwell
***
Meilleur scénario : 
Martin McDonagh


Résumé : Après des mois sans que l'enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l'entrée de leur ville.

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - "Hey Dixon" (VOSTFR)



Ce que j'en ai penséle réalisateur Martin McDonagh nous plonge dans un patchwork de la souffrance humaine avec ses personnages qui doivent affronter des peines intolérables, des douleurs intenables ou encore des déceptions viscérales. La gestion de la souffrance est propre à chaque individu et dans ce film, les protagonistes réagissent en fonction de leur personnalité et de leur passé. 

Le réalisateur nous guide efficacement dans la mise en place rapide de l'intrigue autour de laquelle certains habitants d'Ebbing, Missouri, petite bourgade paumée, qui assume son côté redneck, vont interagir. Le coup de force du réalisateur est d'utiliser des dialogues affûtés et souvent drôles par leur franchise brutale pour alléger son propos et conférer à son film un statut de divertissement sur fond de thématique dure. En même temps, sa réalisation capte impeccablement l'ambiance de la petite ville ainsi que les fêlures de ces habitants. Sa mise en scène est précise, elle met en avant habilement les éléments nécessaires pour nous guider au cœur de ces tranches de vie. 

Au centre de l'intrigue, il y a trois panneaux publicitaires déclencheurs de questionnements, de remises en question et d'affrontements. Ils sont un des personnages du film à part entière et, quelque part, le miroir du cheminement intérieur des protagonistes. 


Ces derniers sont superbes dans leur volonté, leurs imperfections, leur force, leur vulnérabilité. Frances McDormand est impressionnante et formidable dans le rôle de Mildred Hayes par son calme apparent, cette rage rentrée qu'on sent prête à surgir à tout moment. 



Elle s'impose face à ses excellents partenaires de jeu dont Woody Harrelson à la fois drôle et touchant dans le rôle du chef de la police Bill Willoughby ou encore Sam Rockwell, parfait, dans celui de Jason Dixon, un flic tocard qui doit prendre beaucoup de maturité pour son bien et celui de son entourage, sans oublier Caleb Landry Jones qui impose sa personnalité originale et touchante dans le rôle de Red Welby.





Avec 3 BILLBOARDS : LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE, Martin McDonagh réussit à nous subjuguer autour des réactions pleines d'humanité et de désespoir de personnages suite à un fait divers sordide. Entre superbes acteurs et réalisation soignée, c'est une très belle découverte cinématographique.

Copyright Photos © 2017 Twentieth Century Fox France


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

« Que dit la loi à propos de ce qu’on peut et ne peut pas dire
sur un panneau publicitaire? »
- Mildred Hayes

Avec 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE, Martin McDonagh dresse un portrait sans concession de l’Amérique profonde à travers l’histoire d’une mère poussée dans ses derniers retranchements par l’incapacité de la police locale à élucider le meurtre de sa fille. Il s’agit du troisième film du dramaturge, scénariste et réalisateur irlandais à qui l’on doit également le thriller à succès BONS BAISERS DE BRUGES, dont le scénario a été nommé à l’Oscar et primé aux BAFTA Awards, ainsi que la comédie policière 7 PSYCHOPATHES.

L’histoire débute lorsque Mildred Hayes décide de louer trois panneaux publicitaires sur Drinkwater Road. Martin McDonagh se souvient : « J’ai imaginé que la locataire des panneaux était une mère exaspérée et le scénario s’est presque écrit tout seul. Mildred est une femme forte, déterminée et en colère, mais également brisée. C’est de là qu’est née l’histoire. »

Le film a séduit l’actrice oscarisée Frances McDormand, qui y incarne une version moderne et féminine du héros de western classique qui doit livrer bataille. Elle explique : « Sur le plan physique, je me suis beaucoup inspirée de John Wayne car je n’avais aucune référence féminine pour nourrir le personnage de Mildred. Elle s’inscrit dans la tradition de « l’homme mystérieux » des westerns spaghettis, l’étranger qui débarque en ville, revolver à la main, et dégomme tout le monde – à ceci près que la seule arme qu’utilise Mildred est son intelligence. »

Le réalisateur commente : « Toutes ces influences étaient palpables dans l’attitude et la manière de marcher de Frances. Je pense que John Wayne est devenu une référence pour elle dans une certaine mesure, mais j’ai aussi perçu du Marlon Brando et du Montgomery Clift dans son interprétation. »

Mildred Hayes est le premier personnage principal féminin écrit par Martin McDonagh pour le cinéma, mais c’est aussi peut-être le plus implacable, car il s’agit d’une mère blessée et dénuée de regrets qui met la cohésion de sa petite ville à rude l’épreuve.

Martin McDonagh et Frances McDormand sont entourés par les acteurs acclamés Woody Harrelson, Sam Rockwell, Abbie Cornish, John Hawkes, Lucas Hedges et Peter Dinklage.

LE SCÉNARIO

« On dirait que la police locale est trop occupée à torturer les Noirs
pour s’embêter à résoudre un vrai crime.
Donc je me suis dit que ces panneaux l’aideraient peut-être
à revoir ses priorités. »
- Mildred Hayes

3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE repose sur le conflit qui oppose Mildred Hayes au chef de la police d’Ebbing. Martin McDonagh raconte : « C’est l’histoire d’une guerre entre deux personnes qui, dans une certaine mesure, ont toutes les deux raison. C’est de là que naît toute la tension dramatique du film. »

Le film explore ce qui se produit lorsque la rage ne peut être apaisée. Alors que la tension monte, il aborde les thèmes de la division, de la colère et du poids de la morale. Le réalisateur explique : « Que faire quand le chagrin et la colère que l’on éprouve ne trouvent pas d’exutoire ? Que peut-on faire, de constructif ou de destructeur, pour faire bouger et avancer les choses ? J’avais envie de m’intéresser à ce qui se passe lorsque l’on a perdu tout espoir mais que l’on décide de continuer à se démener jusqu’à ce qu’il renaisse. Je pense que la raison pour laquelle ce film est si différent des films policiers en général, c’est que l’on ignore si le crime dont il est question pourra être résolu. »

Le principal défi de Martin McDonagh a consisté à trouver l’équilibre entre l’humour noir de l’histoire et la quête poignante de Mildred. Il s’est attaché à ce que l’humour, sombre et cinglant, soit présent quand bien même ses personnages chancèlent sous le poids du deuil, du sentiment d’injustice et de l’immobilisme.

Il explique : « Ce qui est arrivé à la fille de Mildred est tellement triste et tellement atroce qu’il m’a semblé que le plus important était de canaliser l’humour, aussi noir fût-il, et de s’assurer que le ton du film soit dominé par le combat que mène Mildred contre le désespoir. »

La manière singulière qu’a Martin McDonagh de mêler plusieurs tons a particulièrement séduit les acteurs. Lucas Hedges déclare : « Les dialogues de Martin sont à la fois fantastiques et parfaitement réalistes, ce dont rêvent tous les acteurs. Son écriture est empreinte d’une incroyable sincérité émotionnelle et est presque shakespearienne par moments tant le niveau est élevé. »

Abbie Cornish ajoute : « Il y a quelque chose de très brut dans le ton employé par Martin. Il n’y a aucun écran de fumée, juste la pure vérité. »

3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE est le film le plus tragique qu’ait écrit le réalisateur à ce jour, pourtant il y est aussi question d’espoir. Il commente : « Le point de départ de l’histoire est très triste mais elle contient aussi beaucoup d’humour, et avec un peu de chance, les spectateurs la trouveront également poignante par moments. C’est un peu comme cela que je vois la vie, j’en perçois la tristesse mais j’ai tendance à la tempérer en essayant de me concentrer sur le bon côté des choses, en ayant recours à l’humour, même noir, et en luttant contre le désespoir. »

Le producteur Graham Broadbent, qui avait déjà pris part à BONS BAISERS DE BRUGES et 7 PSYCHOPATHES et produit à présent 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE avec Martin McDonagh et Peter Czernin, déclare : « Le film parvient à osciller adroitement entre comédie et drame, et démontre une grande ingéniosité narrative. »

Pour le producteur, c’est l’instinct de Martin McDonagh qui lui a permis de trouver cet équilibre délicat. « Je pense que cela lui vient de son expérience au théâtre. Sur le tournage, c’est comme s’il savait d’avance comment le public allait réagir. Avec lui, on sait que le scénario qu’il a écrit et les performances qu’il va obtenir trouveront écho chez les spectateurs. »

MILDRED

« Mince, du coup j’imagine que c’est sa parole contre la mienne, pas vrai ?
Un peu comme dans toutes ces affaires de viol dont on entend parler,
sauf que cette fois-ci, la gonzesse rend les coups. »
- Mildred Hayes

Mildred Hayes, qui est à l’origine des évènements du film, est interprétée par l’actrice Frances McDormand, qui a fait ses débuts au cinéma dans SANG POUR SANG, le film noir des frères Coen. Depuis, sa carrière a été couronnée par un Tony Award, un Emmy Award et un Oscar.

Martin McDonagh déclare : « J’ai écrit le rôle de Mildred pour Frances car à mes yeux, c’est la seule actrice qui possédait toutes les qualités nécessaires pour interpréter le personnage. Je voulais quelqu’un qui ait une sensibilité ouvrière et rurale ; il fallait aussi que cette personne ne joue pas le sentimentalisme à outrance. Tout ce que fait Frances est fondamentalement sincère. Je savais qu’elle saurait exprimer la douleur de Mildred mais aussi faire preuve d’humour tout en restant fidèle au personnage. »

Avec Mildred, Frances McDormand incarne un personnage habituellement réservé aux hommes, celui du héros solitaire qui défie toute une ville.

Graham Broadbent confie : « Nous n’avons jamais envisagé de confier le rôle à une autre actrice. Frances a reçu le scénario dès que Martin a été prêt à le faire lire et elle a accepté de prendre part au projet, c’est aussi simple que ça. Martin a fait de Mildred un personnage singulier que Frances habite de manière exceptionnelle. Les acteurs capables d’exprimer toute la gamme des émotions comprises entre le chagrin et l’humour sont rares. Mildred peut parfois se montrer intraitable, mais Frances était tellement à l’écoute de l’humanité du personnage qu’en l’espace de quelques répliques comiques, on s’attache à elle. »

Frances McDormand a rencontré Martin McDonagh il y a quinze ans après une représentation de sa pièce primée « The Pillowman ». Après que le dramaturge eut brièvement évoqué sa nouvelle carrière cinématographique, l’actrice lui avait suggéré de lui écrire un film. Elle raconte : « Je m’en suis voulu immédiatement d’avoir prononcé ces mots – ça ne se fait pas de demander ainsi… Et puis quinze ans plus tard, j’ai reçu le scénario de 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE que j’ai adoré. Je n’en revenais pas qu’il me propose le rôle de Mildred. »

L’actrice poursuit : « Martin possède un talent particulier pour parler de l’existence humaine d’une façon qui tient presque de la tragédie grecque. Il s’autorise à explorer plusieurs concepts fondamentaux à travers cette histoire, et en choisissant un personnage principal féminin plutôt que masculin, il la fait basculer dans le tragique. Il joue également sur le genre cinématographique du film de vengeance moderne – même s’il ne s’agit pas d’un film sur la vengeance féminine. À travers la quête de justice de Mildred, l’histoire transcende la question du sexe pour évoquer la condition humaine. »

Les dialogues puissants de Martin McDonagh ont trouvé écho chez l’actrice, qui y a retrouvé une sensibilité proche du théâtre : « Le style de Martin est une forme de réalisme magique, mêlé ici à de l’Americana gothique, basé sur l’idée que les habitants des petites villes ne sont pas prosaïques mais poétiques. »

Elle poursuit : « Martin et moi avons toujours été honnêtes l’un envers l’autre ; tout ce que j’avais à lui dire, je le lui disais en face. La nature combative de nos échanges a fait partie intégrante du processus. Nous ne tournions jamais une scène sans que je l’interroge sur une réplique ou les motivations du personnage. Nous nous sommes particulièrement affrontés sur la question du port du bandana, qui symbolise pour moi le passage à l’action de Mildred : je voulais qu’elle le porte beaucoup plus souvent que lui. »

Pour Frances McDormand, outre la tragédie grecque et le réalisme magique, 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE puise son inspiration dans le western. Pour construire le personnage de Mildred, l’actrice s’est inspirée des icônes fondatrices de ce genre très masculin, en partie parce qu’elle n’a pu trouver que très peu d’exemples de femmes dans ces rôles. Elle explique : « Rétrospectivement, j’avais aussi la Pam Greer des années 70 dans un coin de la tête, sauf que Mildred n’utilise pas sa sexualité comme elle le faisait. »

Mildred n’a cependant rien d’un bandit armé du vieil Ouest, c’est une simple mère de famille en quête de justice pour sa fille. Frances McDormand déclare : « En tant que mère, on vit dans la peur qu’il arrive quelque chose à son enfant. C’est comme ça, on ne peut rien y faire. Je n’ai pas donné naissance à mon fils, j’ai fait sa connaissance lorsqu’il avait six mois, mais à la seconde où je l’ai tenu dans mes bras, où j’ai respiré son odeur, j’ai su que j’étais responsable de lui et de sa sécurité. Je devais veiller sur sa vie. En tant que parent, on sait aussi combien l’inquiétude et l’anxiété qui vont de pair avec cette volonté de protéger sa progéniture peuvent grandir avec le temps. »

L’actrice a fait de la force du chagrin de Mildred le moteur de sa performance. Elle explique : « Mildred n’est pas une héroïne, elle est bien plus complexe que cela. La douleur l’a conduite dans un no man’s land dont on ne revient pas. J’ai été frappée par le fait que dans la plupart des langues, il n’existe pas de mot pour décrire sa situation. Si on perd un mari, on est veuve. Si on perd un parent, on est orphelin. Mais il n’y a pas de terme pour qualifier un parent qui perd un enfant car biologiquement, cela n’est pas censé se produire. C’est quelque chose qui dépasse l’entendement, mais c’est dans cet abîme qu’a été plongée Mildred, et c’est pourquoi elle tente le tout pour le tout. »

Une chose était cependant claire pour Frances McDormand : « Joel [Coen, son mari] m’a dit : « Personne ne se transforme en dure à cuire, on l’est ou on ne l’est pas. » Ce sont les circonstances qui font que Mildred laisse s’exprimer cet aspect de sa personnalité, mais c’est quelque chose qui a toujours été présent en elle, et cela explique sa relation avec son ex-mari, Charlie. »

Mildred est également hantée par les échanges virulents qu’elle a eus avec sa fille, allant jusqu’à lui souhaiter le pire le jour même de son assassinat. L’actrice s’interroge : « Comment peut-on vivre avec ça ? La réponse est simple : on ne peut pas, et Mildred en est la preuve. »

Elle est arrivée à un point où elle n’a plus de larmes à verser, ce qui explique pourquoi elle est si implacable face à quiconque tente de se mettre en travers de son chemin. Frances McDormand observe : « Je pense qu’elle agit ainsi parce qu’elle n’arrive plus à accéder à sa vulnérabilité ni à ses émotions. Il est devenu beaucoup plus facile pour elle de lancer un cocktail Molotov que de pleurer. Mildred m’a fait penser à cette légende hollandaise qui raconte qu’un petit garçon a empêché une digue de céder en colmatant une fuite avec son doigt. Si Mildred retire son doigt et laisse s’écouler le flot de ses émotions, elle sera noyée, paralysée, alors elle ne le fait pas. »

L’actrice ajoute : « On ne comprend pas toujours son comportement, mais on n’en vient jamais à la détester ou à la diaboliser. »

Woody Harrelson, qui incarne le chef Willoughby, la cible des attaques de Mildred, se dit impressionné par la manière dont Frances McDormand s’est préparée pour le rôle. « Elle a travaillé d’arrache-pied pour parvenir à cerner son personnage. Elle a imaginé l’histoire de toute sa famille ainsi que de sa fille, qu’on voit à peine dans le film parce qu’elle est déjà morte lorsque l’histoire commence. Elle travaille à la manière d’un détective privé, elle rassemble tout ce qu’elle peut sur son personnage, et les informations qu’elle a glanées nourrissent son interprétation. Frances possède également un sacré sens de l’humour, elle a réussi à rendre encore plus drôles des répliques qui l’étaient déjà dans le scénario. »

Sam Rockwell ajoute : « Frances est une actrice d’une incroyable intensité dont la détermination et la compassion correspondent parfaitement à Mildred. Elle fait du personnage une battante jusqu’au-boutiste. Elle-même possède une forte personnalité, comme Mildred, elle ne se laisse pas faire, et cela transparaît très clairement dans le film. »

S’il y a bien une chose sur laquelle Martin McDonagh et Frances McDormand étaient sur la même longueur d’onde, c’était le ton à donner au film. Le réalisateur commente : « Nous étions d’accord sur le fait que la comédie ne devait jamais prendre le pas sur les émotions de Mildred. Nous pensions tous les deux que le personnage devait être libre d’exprimer sa rage, d’être en colère et d’évacuer ses émotions. Frances a dû jongler avec beaucoup d’éléments en même temps mais elle s’en est brillamment sortie. »

Au début de sa préparation, Frances McDormand a eu une idée qui a rapidement trouvé un écho dans son jeu : ne porter qu’une seule et même tenue tout au long du film. Martin McDonagh se souvient : « Frances a pensé qu’il serait intéressant que Mildred porte la même combinaison jour après jour, comme s’il s’agissait d’un uniforme qu’elle endosse pour mener sa guerre, et j’ai trouvé que c’était une très bonne idée sur le plan cinématographique. Nous avons travaillé avec la chef costumière Melissa Toth pour nous assurer que sa tenue ne soit pas trop monotone en y ajoutant de petites touches ici et là. J’ai beaucoup aimé l’idée que Mildred n’ait pas le temps de penser à sa manière de s’habiller parce qu’elle a un combat à mener. »

La chef costumière ajoute : « La manière dont Frances interprète Mildred en fait un personnage très radical et pour elle, il était important de montrer que Mildred livre une bataille qui l’anime dès qu’elle se lève le matin et enfile ses vêtements. Elle porte parfois un bandana, et à un moment donné elle a même le tablier qu’elle porte dans la boutique de souvenirs où elle travaille par-dessus son costume. La combinaison a vraiment joué un rôle dans l’interprétation de Frances. Il arrive parfois qu’un costume libère un acteur et lui permette de s’engager pleinement dans son personnage. »

Melissa Toth a particulièrement aimé la manière dont son costume a souligné la férocité de Frances McDormand dans le rôle. Elle déclare : « Je trouve très intéressant que grâce à ce rôle, Frances initie un débat sur le type de rôles que les femmes peuvent et doivent incarner. Mildred ne fait pas dans la demi-mesure. »

WILLOUGHBY

« Je fais tout mon possible pour le retrouver, Mme Hayes.
Je ne pense pas que ces panneaux soient très justes. »
- Shérif Willoughby

Lorsque le message de Mildred Hayes s’affiche sur les panneaux publicitaires à l’entrée d’Ebbing, il semble viser directement un homme : le chef de la police locale, Bill Willoughby, qui n’a pas réussi à résoudre le meurtre de sa fille, la laissant pleine d’amertume. Mais plus on apprend à connaître le chef Willoughby, plus il semble évident que l’homme à qui Mildred a déclaré la guerre livre déjà une bataille sur le front personnel.

Martin McDonagh déclare : « Bill est un type bien qui tend à voir le meilleur en l’homme. C’est à bien des égards l’archétype du flic intègre de province, mais on découvre rapidement qu’il n’est pas en très bonne santé, en plus de quoi il est désormais confronté à des choix difficiles et de sombres réalités. Mildred s’en prend à lui pour d’excellents motifs, mais il a ses propres raisons d’agir comme il le fait. »

Bill Willoughby, qui est à la fois l’ennemi juré et le seul espoir de Mildred, est incarné par l’acteur nommé deux fois à l’Oscar Woody Harrelson, que l’on a récemment pu voir dans les rôles contrastés d’un colonel luttant pour la survie de l’humanité dans LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE et d’un père alcoolique excentrique dans LE CHÂTEAU DE VERRE.

Le réalisateur, qui est ami avec Woody Harrelson depuis plusieurs années, lui avait déjà confié le rôle de Charlie Costello, le gangster boute-en-train de 7 PSYCHOPATHES. Il commente : « Dans ce film, on découvre une facette différente de Woody car il joue un rôle à l’opposé de celui qu’il tenait dans 7 PSYCHOPATHES. Il campe cette fois un personnage plus sincère, plus mélancolique et plus réaliste auquel il confère non seulement beaucoup d’humour, mais aussi une profonde intégrité et beaucoup de pudeur. La décence de Woody transparaît chez Willoughby et je pense que c’est la raison pour laquelle il est si juste dans ce rôle. »

Graham Broadbent ajoute : « Woody est habitué aux rôles de hors-la-loi ou de marginaux ; de TUEURS NÉS à RAMPART il est généralement du mauvais côté de la loi ou incarne des personnages très sombres. Il est donc intéressant de le voir dans le rôle de Willoughby, un chef de la police au grand cœur et un homme admiré et respecté par toute sa communauté. »

L’acteur confie avoir sauté sur l’occasion de retravailler avec Martin McDonagh. « Martin est selon moi l’un des meilleurs cinéastes qui soient. Son écriture est originale, dynamique et drôle avec une grande richesse émotionnelle, et les scénaristes comme lui sont rares. Il réussit à saisir l’essence des relations humaines et de la condition humaine tout en maniant brillamment l’humour, le suspense et l’émotion. »

Woody Harrelson a été impressionné par la capacité de Willoughby à faire face à toute sorte de pressions sans jamais céder à aucune. Il observe : « Il est attaqué de manière virulente par Mildred et il a des soucis de santé, ça fait beaucoup pour un seul homme. Mais ce que je trouve intéressant chez lui, c’est qu’il prend tout avec philosophie. Malgré les nombreux problèmes auxquels il est confronté, il continue à avancer. »

Une fois les panneaux publicitaires installés, Mildred et Willoughby deviennent instantanément ennemis, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne font pas preuve d’une certaine compréhension mutuelle. Frances McDormand confie : « Woody et moi n’avons pas vraiment parlé de nos personnages, ce n’était pas nécessaire. Lui et moi nous ressemblons beaucoup, au point que je pense qu’il aurait pu interpréter Mildred et moi Willoughby ! S’il y a un semblant de tension sexuelle traditionnelle dans ce film, c’est entre ces deux-là que ça se joue – mais leur relation est bien plus complexe et plus intéressante que cela. Ils auraient pu être amis ou partenaires, et dans de meilleures circonstances, ils auraient pu trouver les réponses à leurs questions ensemble. »

La dévotion totale de Willoughby envers sa famille a touché Woody Harrelson, qui déclare : « Je me suis identifié à sa volonté de prendre soin de ses enfants et de sa femme. J’aime aussi le fait qu’il ne s’appesantit pas sur ses problèmes de santé, il est déterminé à continuer à vivre sa vie et refuse de se laisser entraver par la maladie. »

Tandis que les problèmes s’accumulent pour Willoughby, Martin McDonagh a laissé à Woody Harrelson toute la liberté nécessaire pour explorer les ressorts émotionnels du personnage. L’acteur raconte : « Martin n’est pas un réalisateur qui vous force la main, il se contente de vous donner quelques indications mais il a une vision très claire de ce qu’il veut et parvient à vous y emmener avec seulement quelques petits ajustements. Il possède par ailleurs un solide sens de l’humour, il n’hésitait pas à se moquer gentiment de moi quand j’en faisais un peu trop, ce qui me faisait rire au lieu de me déstabiliser. »

Pour Woody Harrelson, l’un des nombreux talents de Martin McDonagh consiste à créer des personnages plus complexes qu’il y paraît. Il explique : « Ce qu’il y a d’incroyable avec Martin, c’est qu’il vous présente des personnages apparemment assez simples qui se révèlent en fin de compte beaucoup plus profonds qu’on ne le pensait. Et c’est en les découvrant au-delà des apparences que l’on s’attache vraiment à eux. La force de son écriture réside dans sa capacité à créer des personnages inoubliables. »

Anne, la femme du shérif Willoughby, joue un rôle clé dans la vie de son mari. Le personnage est interprété par Abbie Cornish, qui avait déjà collaboré avec Martin McDonagh et Woody Harrelson dans 7 PSYCHOPATHES, ce qui a beaucoup facilité leur relation à l’écran. L’actrice déclare : « Woody et moi sommes amis, c’était donc plus facile de nous glisser dans la peau de deux époux très proches l’un de l’autre. Pour incarner Anne, j’avais besoin de me sentir libre. Le mariage d’Anne et Willoughby est très évolué, il repose sur l’amour et l’admiration mutuelle, mais ils ont aussi plaisir à se moquer l’un de l’autre, à se faire rire mutuellement et à se séduire au quotidien. C’est comme si la passion des débuts côtoyait la complicité intime propre à l’amour intemporel. »

Woody Harrelson a ému sa partenaire par la direction dans laquelle il a emmené son personnage, et son interprétation n’a fait que rendre la réaction d’Anne face au déclin de son mari plus naturelle pour l’actrice. Elle explique : « En tant qu’acteur, Woody fait preuve d’une authenticité extraordinaire. Ça a été très touchant de le voir insuffler tant de vie à Willoughby à un moment de sa vie où la situation semble désespérée. Willoughby est face à son destin, mais Woody parvient néanmoins à lui instiller de la vitalité. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à lui donner la réplique parce que je ne savais jamais ce qu’il allait faire, et jouer une femme et un mari avec quelqu’un comme lui est passionnant. »

DIXON

« On ne traite pas un policier de putain de connard dans son propre commissariat, Mme Hayes. Ni nulle part ailleurs, en fait. »
- L’agent Dixon

Dixon, le bras droit de Willoughby, est un policier dont le potentiel est limité par sa grande intolérance et un tempérament des plus imprévisibles qui le conduit à usurper l’autorité et le commandement de son supérieur.

Dixon est interprété par Sam Rockwell, que l’on a pu voir dans la peau de nombreux personnages inoubliables, dont Chuck Barris dans CONFESSIONS D’UN HOMME DANGEREUX, le protégé de l’escroc campé par Nicolas Cage dans LES ASSOCIÉS, l’astronaute Sam Bell dans MOON, Kenny Waters, condamné à tort pour meurtre dans CONVICTION de Tony Goldwyn, Charley Ford, un membre du gang de Jesse James dans L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD et Billy Bickle dans 7 PSYCHOPATHES pour Martin McDonagh.

À propos du personnage, le réalisateur déclare : « Dixon semble représenter tout ce qu’il y a de pire chez un homme, mais grâce à l’interprétation de Sam, il se dégage de lui quelque chose d’enfantin et de touchant malgré son caractère odieux et ses terribles défauts. »

Woody Harrelson confie : « Dixon est sans doute le personnage que je préfère dans le film. Sam a le don unique d’interpréter des personnages légèrement désaxés. Dixon a la plupart du temps de mauvaises intentions, pourtant il possède aussi une qualité rédemptrice. Sam confère une réelle innocence au personnage, de sorte qu’on s’attache à lui même s’il agit de manière répréhensible. Je trouve que c’est un acteur formidable, et ça a été un plaisir de retravailler avec lui. »

Bien que Martin McDonagh et Sam Rockwell aient non seulement collaboré sur 7 PSYCHOPATHES mais également sur la pièce « A Behanding in Spokane », 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE a constitué une expérience à part. Le réalisateur déclare : « Sam est toujours mon acteur de choix pour cette génération. Lorsqu’il interprète un personnage inquiétant, il ne le fait pas à moitié. »

La polyvalence de l’acteur sied particulièrement au personnage de Dixon, qui connaît de profonds changements durant le film. Graham Broadbent observe : « Sam a énormément apporté au personnage en improvisant avec Martin. Ils essayaient tout un tas d’options différentes jusqu’à ce qu’ils trouvent ce qui fonctionnait le mieux. Et à l’image de l’écriture de Martin, Sam peut être drôle, tragique et triste à la fois. »

Frances McDormand confie avoir été impressionnée par la manière dont Sam Rockwell a interprété son personnage. Elle déclare : « Je pense qu’il n’a jamais été aussi bon que dans ce film. Il existe une véritable symbiose entre Martin et lui, de celles qui unissent un acteur et un réalisateur qui ont déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises et s’améliorent à chaque fois. »

L’actrice poursuit : « Sam et moi avons énormément de respect l’un pour l’autre, nous avons donc pris beaucoup de plaisir à tourner ensemble. Les choix qu’il fait sont totalement aléatoires, étonnants et imprévisibles ; lui donner la réplique, c’est un peu comme monter dans des montagnes russes sans savoir où sont les montées et les descentes ! Je pense qu’il était conscient d’avoir trouvé en moi une âme sœur. Nous ne sommes jamais allés au-delà du point de non-retour, mais nous étions toujours au bord du précipice. Ce qui me plaît aussi avec Dixon, c’est que Martin lui permet d’accéder à la rédemption sans jamais tomber dans la caricature. Ce qui le sauve, c’est son amour pour Willoughby, la tendresse qui unit les deux hommes. »

À l’instar de ses partenaires, Sam Rockwell a été séduit par l’écriture de Martin McDonagh. Il déclare : « Dans ce film, Martin traite avec brio la question des tabous, raciaux ou autres, en les évoquant avec beaucoup d’éloquence et de tact. »

L’acteur note que bien que Martin McDonagh soit originaire d’Irlande, il semble avoir parfaitement compris les rouages de l’Amérique profonde – peut-être est-ce dû au fait que toutes les petites villes ouvrières du monde se ressemblent. Il commente : « Martin connaît bien l’atmosphère qui règne dans les petites villes parce qu’il y a en Irlande exactement les mêmes tensions qu’ailleurs. La classe ouvrière reste la classe ouvrière, peu importe où l’on se trouve, et c’est un sujet sur lequel il écrit très bien. Cette histoire pourrait se dérouler en Irlande ou à Brooklyn, et elle fonctionnerait tout aussi bien que dans le Missouri. »

Il poursuit : « Dixon a l’étoffe d’un personnage classique. Il me fait penser à Edmond, le fil illégitime de Gloucester, dans « Le Roi Lear » car c’est un homme en colère qui en veut au monde entier et est persuadé qu’il a toujours été maltraité. À première vue, on pourrait penser que c’est le méchant d’Ebbing, mais le personnage est en réalité bien plus complexe. »

À mesure que l’on découvre la vie de famille de Dixon, la source de ses troubles psychiques devient évidente. Sam Rockwell explique : « Il vit toujours avec sa mère et est un peu paumé. Il est incapable de prendre son envol et de devenir enfin un adulte. Il entretient une relation extrêmement dysfonctionnelle avec sa mère, ce qui engendre chez lui d’importants traumatismes. Le problème, c’est qu’il passe ses nerfs sur les autres. »

Il poursuit : « Nous pouvons tous, dans une certaine mesure, comprendre sa colère et sa tristesse, mais aussi son adoration pour le chef Willoughby. Nous avons tous déjà ressenti une admiration et un désir d’approbation similaires. »

L’admiration mutuelle de Sam Rockwell et Woody Harrelson a permis de renforcer les liens complexes qui unissent leurs personnages à l’écran. Sam Rockwell déclare : « Woody a un solide sens moral et c’est quelqu’un de très calme, ce qui vous met immédiatement à l’aise. Avec les grands acteurs comme lui, il y a souvent de l’incertitude et de l’espièglerie, et on retrouve tout cela chez Willoughby grâce à son interprétation. Son approche est toujours imprévisible. »

Pour Martin McDonagh et Sam Rockwell, le plus grand danger aurait été de laisser Dixon basculer dans la caricature, ne serait-ce que l’espace d’une seconde. Il était essentiel pour eux de se concentrer sur l’humanité du personnage. L’acteur commente : « Nous savions tous les deux qu’interpréter Dixon serait un véritable numéro d’équilibriste, car tomber dans l’excès de la comédie ou du drame serait tout aussi dangereux. Je pense qu’en fin de compte, les spectateurs éprouveront des sentiments contradictoires vis-à-vis de Dixon. J’aimerais qu’il provoque en eux de l’irritation, de la colère et de l’amusement, en même temps que de la compassion. »

JAMES

« Je sais bien que je suis un nain qui vend des voitures d’occasion et que j’ai un problème avec l’alcool. Ça, je le sais.
Mais t’es qui, toi, exactement ?
T’es la femme aux panneaux publicitaires qui ne sourit jamais… »
- James

James, un habitant d’Ebbing qui en pince pour Mildred, est incarné par Peter Dinklage, lauréat de deux Emmy Awards et d’un Golden Globe pour le rôle de Tyrion Lannister dans « Game of Thrones » sur HBO.

Dans 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE, il joue un personnage à l’opposé de celui qu’il interprète dans la populaire série télévisée : il est un vendeur de véhicules d’occasion dont l’ambition première est de décrocher un rendez-vous avec Mildred. L’acteur se souvient de sa réaction à la lecture du scénario : « Je me suis dit : « Martin a encore réussi ! ». Dans ses scénarios, tous les rôles, même les plus petits, sont toujours incroyablement bien écrits. Les personnages se complexifient au fil des pages, et c’est le cas de James comme de tous les autres. »

À propos de son personnage, Peter Dinklage déclare : « James n’a pas une très haute estime de lui-même mais il est déterminé à retenir l’attention de Mildred. »
Le film marque la première collaboration de l’acteur avec Frances McDormand. Il confie : « Elle fait partie des plus grandes actrices parce qu’elle n’a aucune vanité et qu’elle se donne toujours à cent pour cent. »

Peter Dinklage a également pris plaisir à voir Sam Rockwell incarner Dixon dans toute sa complexité. Il explique : « Martin et Sam en particulier ont réussi à remettre en cause tous nos a priori sur Dixon, et c’est extrêmement satisfaisant. Au fil de l’histoire, on se prend à éprouver de l’empathie pour lui. »

Tout comme ses partenaires, Peter Dinklage a été impressionné par l’agilité avec laquelle le réalisateur réussit à changer le ton du film. « L’équilibre délicat entre la comédie et le drame auquel parvient Martin est absolument remarquable. J’imagine que cela tient à la raison pour laquelle certaines personnes sont prises de fous rires à un enterrement. Dans la vie, la frontière entre les émotions contraires est souvent ténue. Lorsque l’humour succède à la tragédie, c’est un grand soulagement, et je pense que c’est dans la nature humaine de chercher ce genre d’exutoire. Martin ne peut pas s’empêcher d’être touchant puis hilarant et à nouveau émouvant parce que c’est le genre de conteur qu’il est. »

CHARLIE

« Tu n’as pas besoin de te justifier parce que tu dînes avec un nain, Mildred. »
- Charlie

Charlie, l’ex-mari de Mildred, est lui aussi dévasté par la perte de leur fille, mais c’est bien là la seule chose qu’ils ont en commun.

Aussi tourmenté que drôle, Charlie fait lui aussi partie de ces seconds rôles plus complexes qu’il y paraît. C’est la raison pour laquelle Martin McDonagh a confié le rôle à l’acteur nommé à l’Oscar John Hawkes, connu pour ses rôles intenses mais humains dans WINTER’S BONE, MARTHA MARCY MAY MARLENE, THE SESSIONS ou encore « Deadwood » sur HBO. Le réalisateur commente : « John n’apparaît que dans une poignée de scènes, mais il fallait qu’il soit à chaque fois époustouflant, et il a parfaitement rempli sa mission. »

L’acteur déclare : « Charlie aurait pu être un personnage antipathique, ce qui ne me fait pas peur en tant que comédien, mais Martin l’a écrit avec une telle délicatesse qu’il en devient incroyablement complexe. On sent que Mildred et lui ont encore des sentiments l’un pour l’autre, ce qui est assez inattendu. Et Frances est tellement extraordinaire dans le rôle de Mildred que ça a rendu les choses très faciles. »

John Hawkes était en effet très impatient de travailler avec Frances McDormand. Il explique : « Elle fait partie de mes actrices préférées, c’était donc excitant et intimidant à la fois. Mais elle est tellement gentille, agréable et généreuse, tant dans la vie que devant la caméra, que je me suis immédiatement senti à l’aise. Il m’est parfois arrivé de perdre le fil d’une scène parce que j’étais captivé par son jeu… avant de réaliser que c’était à moi de parler ! »

Au fil des interactions entre Charlie et Mildred se dessine le spectre d’un passé fait d’abus mutuels. L’acteur raconte : « Charlie buvait et criait sans doute plus que de raison lorsqu’ils étaient ensemble, mais je pense aussi qu’il avait beaucoup d’amour à donner, leur relation n’était donc pas totalement manichéenne. J’aime explorer les nuances et avec ce film, je suis gâté. »

Avec l’aide de Martin McDonagh, John Hawkes a réussi à négocier ces zones grises avec brio. Il explique : « Martin n’est pas du genre à vous donner des indications de jeu vagues, il est très précis. Et Charlie est un personnage tellement secret que son aide m’a été précieuse pour mieux le cerner. Je pense que son expérience théâtrale lui permet d’instaurer une forme de communion avec ses acteurs. »

ROBBIE

« Pour ceux qui ont essayé d’éviter d’entrer dans les détails de ce qui lui est arrivé parce qu’ils pensaient que rien de bon n’en sortirait et qu’ils ne pourraient pas le supporter, c’est vraiment top d’être informé par un message de six mètres de haut, et dans une jolie police de caractère, des moindres détails de sa mort. »
- Robbie Hayes

Robbie, le fils de Mildred, tente de surmonter la tragédie qui a frappé sa famille à sa manière, et trouve l’obsession de sa mère pour le meurtre de sa sœur tristement cocasse.

C’est Lucas Hedges, nommé à l’Oscar pour son rôle dans MANCHESTER BY THE SEA en 2017, qui interprète le rôle. L’acteur déclare : « Robbie traverse une période de transition depuis la mort de sa sœur. Il était probablement plus doux, plus émotif et plus immature avant cet évènement, mais dans le film on le voit progressivement sortir de sa coquille et s’endurcir. Il possède par ailleurs un incroyable sens de l’humour étant donné la situation dans laquelle il se trouve, car Martin aime opposer l’humour à la noirceur. »

Robbie est blessé par le fait que sa mère ne partage pas sa douleur avec lui et ne le consulte pas avant de prendre des décisions. Lucas Hedges raconte : « Après la mort d’Angela, Mildred a passé sept mois en état de catatonie sous l’effet du choc, Robbie a donc pris soin d’elle comme un enfant n’a habituellement jamais besoin de prendre soin de sa mère. Il l’aime profondément mais il est perdu parce qu’elle ne lui confie jamais ce qu’elle ressent ou quelles sont ses intentions – elle ne pense même pas à l’avertir pour les panneaux. »

Robbie est celui qui subit le plus violemment les conséquences de la vendetta de Mildred, qui préfère se détourner de lui pour se consacrer à sa quête de justice. France McDormand commente : « Mildred sait que Robbie est capable de survivre par lui-même, il devient donc un dommage collatéral car elle le sacrifie d’une certaine manière. »

À propos de sa méthode de travail avec son jeune partenaire, l’actrice déclare : « Avant nos scènes, j’ai expliqué à Lucas que je pouvais lui accorder toute l’attention dont il avait besoin hors caméra mais qu’une fois devant l’objectif, il n’allait pas pouvoir obtenir grand-chose de moi parce que c’est ce que vit Robbie depuis sept mois. Mildred a passé tout ce temps sur le canapé, en état de choc, et il a dû s’occuper d’elle comme d’une invalide. Je sais que ça a été difficile pour Lucas parce que c’est un jeune acteur qui a besoin d’interagir avec ses partenaires, mais ce n’est pas le genre de personnage qu’est Mildred. Je ne pouvais pas être là pour lui car Mildred n’est pas là pour Robbie. »

Apprendre auprès de Frances McDormand est une opportunité que Lucas Hedges n’aurait ratée pour rien au monde. L’acteur, qui a étudié au conservatoire de l’école des arts de l’université de Caroline du Nord, commente : « C’était comme si j’étais à nouveau étudiant et qu’elle était le professeur. J’ai noté tous les conseils qu’elle m’a donnés dans un carnet spécial afin de pouvoir les consulter à l’avenir. »

À propos de sa partenaire, il ajoute : « Frances n’est pas du genre à baratiner, je ne l’ai jamais entendue dire quelque chose qu’elle ne pensait pas. Elle ne vous complimentera que si elle pense que vous le méritez vraiment. Elle est gentille, mais sévère. Elle possède la même force que Mildred. »

RED

« Je ne transgresse aucune loi sur la propriété.
Je ne transgresse aucune foutue loi d’aucune sorte.
J’ai tout vérifié. »
- Red

Lorsque Mildred décide de louer trois emplacements publicitaires pour provoquer la police et les habitants d’Ebbing, elle conclut un accord avec le jeune Red Welby de l’agence de publicité de la ville… un accord qui n’augure rien de bon pour lui.

Le rôle est interprété par Caleb Landry Jones, qui a fait ses débuts au cinéma dans le rôle d’un petit garçon à vélo dans NO COUNTRY FOR OLD MEN – NON, CE PAYS N’EST PAS POUR LE VIEIL HOMME des frères Coen et qu’on a récemment pu voir dans le film d’horreur GET OUT. L’acteur déclare : « J’ai été tellement frappé par le scénario que j’aurais accepté de jouer n’importe quel rôle ! »

Mais le défi présenté par Red était d’un genre très particulier car lorsque le personnage s’implique dans la quête de justice de Mildred, il en paye le prix fort. Caleb Landry Jones explique : « Au début, Red cherche simplement à se faire mousser devant sa séduisante assistante et à empocher l’argent que lui propose Mildred, c’est pourquoi il accepte sa proposition. Mais en en apprenant davantage sur Mildred et sa situation, leur transaction prend un tour inattendu. »

Red fait lui aussi partie des marginaux de la ville. L’acteur poursuit : « Dans l’esprit de Martin, Red cherche à quitter Ebbing à tout prix et vite, et il est persuadé d’y parvenir… mais je pense que cela n’arrivera pas. »

Dans le film, Red est défenestré. Martin McDonagh a pris la décision de tourner la scène en un seul et ambitieux plan-séquence. Il explique : « J’ai écrit cette scène de manière à ce qu’elle soit tournée en une seule prise car sur le plan cinématographique, c’est la scène phare du film. Nous avons réservé une journée entière pour la filmer et avons alloué énormément de temps à sa préparation. Nous n’avons dû recommencer que quatre ou cinq fois si bien qu’à midi, c’était dans la boîte. Je ne me souviens plus exactement de ce qu’on a fait le restant de la journée, probablement boire pour fêter ça ! Il y a quelque chose de jouissif dans le fait de réaliser une prise de deux minutes comme celle-ci où tant de choses se passent. »

D’AUTRES HABITANTS D’EBBING

La distribution de 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE est complétée par Samara Weaving dans le rôle de Penelope, la petite amie à peine sortie de l’adolescence de Charlie ; Amanda Warren dans le rôle de Denise, l’unique confidente de Mildred ; Kerry Condon dans le rôle de Pamela, la petite amie de Red ; et Zeljko Ivanek dans le rôle de Cedric, le sergent chargé des tâches administratives.

À propos de son personnage, Kerry Condon, qu’on a récemment pu voir dans CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR, déclare : « Pamela représente tout ce que la fille de Mildred ne sera jamais. C’est très typique de Martin d’accorder une telle importance à un personnage qui n’a que quelques répliques dans le film. »

Zeljko Ivanek, qui avait déjà collaboré avec le cinéaste sur BONS BAISERS DE BRUGES, a lui aussi pris plaisir à incarner son personnage. « Malgré le fait qu’il vive dans une toute petite ville, Cedric prend son métier très au sérieux et j’ai adoré me glisser dans sa peau. »

Martin McDonagh a longuement répété avec l’ensemble des acteurs, à l’exception de Frances McDormand qui arrivait toujours au dernier moment sur le tournage – une idée que lui a soumise l’actrice. Le réalisateur explique : « Mildred est en guerre contre le monde entier, c’est pourquoi Frances a eu le sentiment qu’il serait intéressant d’explorer les réactions de ses partenaires de manière spontanée devant la caméra. J’ai petit à petit accepté l’idée, même si au début je n’étais pas chaud. Travailler avec le reste de la distribution m’a rappelé mes débuts au théâtre dans le sens où nous avons longuement évoqué leurs personnages et les choix qu’ils font. 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE est un véritable film choral. »

L’ESTHÉTIQUE DU FILM

« J’aurai au moins retrouvé l’espoir l’espace d’une journée,
ça ne m’était pas arrivé depuis un moment. »
- Mildred Hayes

Bien qu’Ebbing soit une ville fictive, Martin McDonagh a recréé avec brio l’ambiance charmante mais étouffante propre aux petites villes de province où tout le monde connaît les histoires de tout le monde… et bien plus encore. Pour l’aider à faire de la ville un personnage du film à part entière, le réalisateur a fait appel à une équipe composée du directeur de la photographie Ben Davis, du chef monteur Jon Gregory, de la chef décoratrice Inbal Weinberg et de la chef costumière Melissa Toth.

Ben Davis, à qui l’on doit l’image de films aussi éclectiques que INDIAN PALACE ou LES GARDIENS DE LA GALAXIE, a collaboré pour la première fois avec Martin McDonagh sur 7 PSYCHOPATHES. Le producteur Graham Broadbent déclare : « La relation qui unit Ben et Martin permet à la vision de Martin de prendre vie sur le plan visuel. Ben confère un caractère spectaculaire aux paysages ruraux américains et filme les personnages de manière minimale mais néanmoins poignante. »

Martin McDonagh qualifie l’esthétique du film de « magnifique sans être trop moderne, trop stylisée ou trop saturée ». Il ajoute : « Ben et moi sommes tous les deux fans des films américains des années 70 dont nous voulions reproduire l’atmosphère. »

S’il s’est inspiré du cinéma des années 70, le directeur de la photo remarque que l’œuvre de Martin McDonagh n’a pas vraiment de points de référence précis. Il explique : « À aucun moment en lisant le scénario je me suis dit qu’une scène me faisait penser à tel ou tel film ou telle ou telle image. Son œuvre est en tout point originale et unique. »

Il a toutefois puisé l’inspiration dans le travail de Stephen Shore, un photographe d’art américain des années 70 connu pour ses paysages dépeuplés et ses scènes du quotidien : repas dans un diner, panneau publicitaire érigé sur le bord de la route ou motel désolé.

Ben Davis a également passé beaucoup de temps sur les lieux du tournage afin de s’imprégner de leur atmosphère et de leur géographie. Il explique : « Le positionnement de la caméra est essentiel pour moi, c’est pourquoi j’accorde beaucoup d’attention à la préparation. Au lieu de rester enfermés au bureau, nous nous rendions sur les lieux du tournage que je photographiais sous tous les angles pour trouver la meilleure manière de les filmer. Je me suis particulièrement intéressé à ces toutes petites villes qui n’ont qu’une rue principale et à la manière dont elles sont photographiées. J’ai alors remarqué que tout repose sur le moment de la journée que l’on choisit. »

Il a donc fallu adapter les horaires de tournage, ce qui n’est jamais évident. Le directeur de la photographie déclare : « Je voulais tourner l’essentiel du film à l’aube ou au crépuscule pour bénéficier de la magnifique lumière rasante du soleil, mais ce sont des moments par définition assez brefs et il y a tellement de dialogues dans le film que ça a été très difficile pour Martin. Il passait énormément de temps à répéter avec les acteurs et le moment venu, nous tournions aussi vite que possible. Et par chance, tout le monde était au top. »

Le film met également en scène non pas un mais deux incendies, des séquences exigeantes sur le plan technique puisqu’elles ont été réalisées sans effets numériques. Ben Davis explique : « Nous avons fait le choix d’avoir recours aux effets spéciaux physiques pour leur impact émotionnel. La présence de vraies flammes affecte les acteurs et cela se ressent à l’écran, ils se nourrissent de la puissance et de la chaleur du feu. Mais évidemment, déclencher un incendie nécessite une vigilance et une logistique très particulières. »

L’épique plan-séquence qui se déroule dans le bureau de Red est sans doute le plus difficile qu’ait eu à tourner Ben Davis, mais le directeur de la photo affirme qu’il ne s’agit pas simplement d’une décision esthétique. Il commente : « Techniquement, filmer un long plan-séquence est très stimulant, mais on ne devrait y avoir recours que si l’histoire l’exige et que cela présente un intérêt sur le plan dramatique. »

Il poursuit : « Je pense que c’est le cas ici. Le fait qu’il n’y ait pas de coupe rend le plan incroyablement immersif, on a le sentiment de se trouver aux côtés du personnage de Dixon à chaque pas. Et la brutalité de la scène est d’autant plus convaincante que le plan n’est pas coupé pour rappeler au public qu’il regarde une œuvre de fiction. »

Graham Broadbent déclare : « Ce plan-séquence permet de réunir les deux univers du film, celui du poste de police et celui de l’agence de publicité. Ça a été très compliqué car la scène comprend des escaliers, une bagarre, une cascade, de nouveau des escaliers, de la violence dans la rue et le poste de police. Ben et toute l’équipe ont fait un boulot incroyable pour donner vie au plan de manière viscérale. »

Melissa Toth se souvient : « Tous les chefs de départements étaient sur le pied de guerre. En plus de tout le reste, Caleb devait rapidement se changer et passer des vêtements déchirés et ensanglantés pendant qu’il descendait les escaliers, mon équipe a donc aussi eu un rôle à jouer dans la scène. J’avais un peu l’impression d’assister à une pièce de théâtre, j’ai même ressenti une certaine nervosité mais nous sommes tous ravis du résultat final. »

UNE VILLE ET TROIS PANNEAUX PUBLICITAIRES

« Combien ils coûtent, les lapins avec écrit dessus
« Bienvenue dans le Missouri » ? »
- L’homme aux cheveux ras

Ebbing, ville fictive située dans les monts Ozark, est elle aussi par nature contradictoire car si elle semble immuable, elle se heurte en réalité violemment au monde moderne. Après avoir parcouru l’Ohio, le Nouveau-Mexique, le Missouri, le Mississippi et la Géorgie à la recherche de la petite ville parfaite, la production a découvert la localité de Sylva, située en plein cœur des Great Smoky Mountains, en Caroline du Nord.

Martin McDonagh déclare : « Rien à Sylva ne laisse soupçonner qu’une histoire aussi sombre que celle-ci puisse s’y dérouler. Il était important que la ville soit un bon faire-valoir pour Mildred. »

La mission qui a consisté à transformer Sylva en Ebbing a incombé à la chef décoratrice Inbal Weinberg (BEASTS OF NO NATION, ST. VINCENT) qui a commencé par faire des recherches sur l’histoire visuelle des bourgades du centre des États-Unis. Elle explique : « J’ai puisé l’inspiration dans deux types de photos différentes : celles des photographes documentaristes des années 60 et 70 qui ont immortalisé la vie quotidienne de l’époque, et celles des photographes contemporains qui racontent la disparition de ces villes. J’ai été influencée à la fois par le rythme de la vie quotidienne dans ces localités et par les vestiges d’un mode de vie en voie en disparition. »

La chef décoratrice a ensuite élaboré sa propre vision d’Ebbing en concertation avec Martin McDonagh. Elle déclare : « Ebbing n’est pas une ville très riche, mais elle n’est pas non plus en faillite. Elle ne s’est pas embourgeoisée et reste comme figée dans le temps ; elle fait partie de ces bourgades qui à première vue semblent ne pas avoir évolué depuis cinquante ans – seuls quelques rares signes de changement sont perceptibles. C’est une ville un peu rustique mais fière de son histoire. »

Pour donner vie à sa vision, Inbal Weinberg a parcouru Sylva à la recherche des décors du film. Elle commente : « Il était primordial aux yeux de Martin que tous les décors soient réels. Il a d’ailleurs choisi Sylva non seulement parce qu’elle possède une grand-rue tout ce qu’il y a de plus classique mais également parce qu’elle nous a permis d’installer à proximité l’agence de publicité et le poste de police, exactement comme dans le scénario. Ce qui caractérise une petite ville, c’est ce sentiment que tout le monde connaît la vie de tout le monde, et il était très important pour Martin de transmettre cela à travers les décors. »

La chef décoratrice s’est ensuite mise en quête de la route au bord de laquelle Mildred loue ses trois panneaux publicitaires. La difficulté a été que Martin McDonagh tenait à ce que la maison de Mildred se situe à proximité de sorte qu’on voie toujours les panneaux en arrière-plan. Elle se souvient : « Nous avons parcouru un nombre incalculable de routes et roulé pendant des jours et des jours dans l’ouest de la Caroline du Nord. »

Il s’avère que c’est la première route qu’ils ont repérée qui a conquis le réalisateur. Il raconte : « Elle était pittoresque et magnifique, mais également désolée. Une fois notre choix arrêté, Inbal et moi avons commencé à travailler sur l’apparence des panneaux publicitaires. »

La chef décoratrice a soumis de nombreuses options à Martin McDonagh. Elle raconte : « J’ai épluché toutes les photos existantes de panneaux publicitaires utilisés à des fins personnelles. Nous avons essayé différentes polices d’écriture, différentes couleurs et différents positionnements du message. Martin a eu alors l’idée d’utiliser un fond rouge pour faire ressortir les lettres et ça a été l’une de nos plus grandes avancées. Nous avons testé son idée et avons adoré le résultat. Ça a été une formidable décision qui nous a amenés à faire du rouge une couleur phare du film. »

Les panneaux d’affichage connaissent six états différents au cours du film. Inbal Weinberg déclare : « Ça a été incroyablement complexe car ces panneaux sont d’immenses structures qui ne sont pas faciles à déplacer. Nous avons eu des réunions entières dédiées à ce sujet. »

La production tenait également à recouvrir les panneaux tous les soirs afin de ne pas scandaliser les habitants qui empruntaient la route.

Outre le choix des décors, la chef décoratrice s’est aussi occupée de mettre au point les moindres détails de la vie d’Ebbing – elle a même imaginé des autocollants pour les pare-chocs des voitures et la mascotte du lycée.

Pour créer le poste de police de la ville, Inbal Weinberg et son équipe ont transformé une gigantesque boutique d’antiquités. Elle déclare : « J’ai fait beaucoup de recherches sur les commissariats d’époque qu’on trouve dans les petites villes. Nous voulions qu’il comprenne une cellule de détention provisoire, même si elles ne sont plus vraiment utilisées de nos jours, mais dans mon esprit le lieu n’avait tout simplement jamais été rénové. Tout a ensuite été ignifugé, jusqu’au sol, et notre superviseur des effets spéciaux, Burt Dalton, nous a aidés à réaliser des tests de combustion sur tous les éléments du décor, des bureaux aux ampoules. »

Pour le bureau de Red, la chef décoratrice a opté pour une décoration rétro. Elle explique : « J’ai surtout été inspirée par des photos d’agences de pub des années 20 et 30 avec le boum de l’affichage. C’est ce qui nous a donné l’idée d’utiliser les murs pour mettre en valeur l’histoire d’Ebbing, comme le bicentenaire de l’arrivée du chemin de fer. Nous avons déniché de vieilles publicités dans des entrepôts d’accessoires et acheté des objets dans un atelier local. »

Chez Mildred, le désordre règne. Inbal Weinberg explique : « Il fallait que sa maison ressemble à celle d’une mère en deuil. Frances nous a donné plein d’idées. Il était important pour nous tous que la chambre de sa fille soit la plus impeccable de la maison. Toute la difficulté a consisté à créer une chambre d’adolescente vivante et en même temps remplie de l’absence de son occupante. »

Parmi les décors préférés de la chef décoratrice figure la maison où Dixon vit avec sa mère. Elle commente : « Martin voulait qu’on puisse voir la rue principale depuis le porche de Dixon. Et étonnamment, nous avons trouvé la maison idéale, exactement comme il l’avait imaginée. Il s’agit d’une très petite maison dans laquelle il n’a pas été évident de tourner, mais Martin l’aimait tellement que nous nous sommes donné les moyens pour que ça fonctionne. Pour les œuvres rustiques que réalise sa mère, nous avons acheté de magnifiques tableaux naïfs peints par un artiste installé en Caroline du Sud. Nous avons ensuite tapissé les murs de photos de famille sous lesquelles on distingue un papier peint jauni par la fumée de cigarette. »

La fantasque boutique de souvenirs où travaille Mildred fait également partie des décors favoris d’Inbal Weinberg. Elle commente : « Le lieu n’existait pas, il a fallu le créer de toutes pièces et fabriquer tous les bibelots et souvenirs marqués au nom d’une ville fictive ! Nous aimions l’idée que bien qu’il s’agisse d’un magasin de souvenirs, l’endroit ne soit pas très accueillant. À l’image du personnage de Mildred, la boutique est isolée. » (Notons que l’on y trouve des objets en forme de lapins, un thème récurrent dans l’œuvre de Martin McDonagh.)

Tout au long du projet, Inbal Weinberg a été heureuse de voir combien les habitants de Sylva soutenaient la transformation de leur ville. Elle raconte : « Plus le temps passait, plus ils étaient enthousiastes, ils ont même commencé à confectionner leurs propres tee-shirts et souvenirs aux couleurs d’Ebbing. Les habitants de Sylva ont beaucoup apporté au tournage. »

Melissa Toth a eu pour mission d’habiller les habitants d’Ebbing et de créer les tenues rétro de Red et Pamela ainsi que les uniformes de la police. La chef costumière a collaboré au cours de sa carrière avec les plus grands visionnaires, dont Michel Gondry sur ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND et Kenneth Lonergan sur MARGARET et MANCHESTER BY THE SEA, mais elle confie que même au sein de ce groupe, Martin McDonagh est un cinéaste à part.

Elle déclare : « Son écriture est unique en son genre. Ce qui rend son travail si intéressant pour un chef costumier, c’est que la manière dont les personnages s’expriment ne correspond pas forcément à la manière dont on les perçoit. Ma méthode de travail a consisté à le bombarder d’idées et à attendre son retour. Il me donnait parfois quelques indices sur un personnage, comme sa chanson préférée, et cela nourrissait mon travail. Ses histoires sont intenses, complexes et sombres, mais c’est quelqu’un avec qui il est très agréable de collaborer, ce qui est une combinaison rare. »

La chef costumière poursuit : « Bien que Mildred soit le personnage central – et que sa combinaison joue un rôle essentiel – l’histoire est pleine de personnages loufoques qui en font un véritable film choral. L’écriture de Martin vous laisse beaucoup de liberté, les univers qu’il a créés sont empreints de profondeur et de mystère, et il n’y a rien de plus passionnant que de sonder les profondeurs du mystère à travers les costumes des personnages. »

Pour les uniformes des policiers d’Ebbing, Melissa Toth a fait des recherches sur la police en milieu rural et s’est concentrée sur les écussons brodés qui distinguent les forces locales les unes des autres. Lorsque Dixon n’est pas en service, il porte une veste jaune moutarde qui souligne subtilement le fait qu’il y a quelque chose de pas net chez le personnage. La chef costumière explique : « Nous avons fait tremper et teint cette veste jusqu’à ce qu’elle ait la couleur parfaite. J’ai beaucoup aimé collaborer avec Sam. Il travaille énormément mais lorsqu’on le voit dans ce rôle, ça a l’air naturel. »

Parmi les tenues préférées de Melissa Toth figure aussi la robe légère à fleurs que porte Anne, la femme du shérif Willoughby, lors de leur pique-nique avant que la situation prenne un mauvais tour. Elle explique : « À la manière dont Abbie porte cette robe, on comprend que son personnage profite pleinement de chaque instant. La scène dans laquelle la robe ondule sous l’effet de la brise lors du pique-nique montre à quel point un costume peut avoir un impact visuel. »

Pour la musique du film, Martin McDonagh s’est tourné vers le compositeur Carter Burwell, avec qui il avait déjà collaboré sur ses deux premiers films. Le compositeur, nommé à l’Oscar pour CAROL mais également reconnu pour son travail pour les frères Coen et Spike Jonze, déclare : « La lecture du scénario m’a plongé dans l’atmosphère des petites villes où tout le monde se connaît depuis l’école primaire et perpétue une partie de la violence, des préjugés et des idylles d’alors à l’âge adulte. »

Au fil des pages, un tourbillon d’idées musicales allant des standards américains aux thèmes des westerns spaghettis lui est venu à l’esprit. Il se souvient : « J’avais initialement dans l’idée d’écrire une musique originale évoquant les films de Sergio Leone parce que 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE est peuplé de personnages plus qu’imparfaits à la recherche de leur propre forme de justice dans un monde impitoyable. Je ne suis finalement pas allé totalement dans cette direction mais il reste un peu de cette influence dans la musique du film. »

Le fait que l’intrigue soit aussi inclassable était pile dans les cordes de Carter Burwell, qui explique : « J’aime prendre part à des projets multidimensionnels, et c’est la meilleure description que l’on puisse faire de ce film. Il se passe tout et son contraire dans pratiquement toutes les scènes. Dans une scène de grande violence, il y a aussi du pathos et dans une scène très émouvante, il y a aussi de l’humour. Et je pense que c’est ma force en tant que compositeur : j’aime concilier les contradictions. »

Le compositeur poursuit : « Selon moi, le rôle majeur de la musique dans ce film était de refléter les émotions de Mildred et de faire en sorte que le public reste de son côté. Elle repose donc sur trois thèmes basiques qui sont l’émotion, la guerre et la mort – un thème qui accompagne non seulement Mildred, dont la fille a été assassinée, mais aussi le personnage de Woody Harrelson. »

Il ajoute : « Toutes mes créations sont ancrées dans la folk américaine grâce à la présence de nombreuses guitares acoustiques, mais le thème guerrier de Mildred a aussi des airs de marche militaire avec ses tambours, ses claquements de mains et ses bruits de bottes. »

La scène dans laquelle les panneaux publicitaires de Mildred sont incendiés a constitué un défi majeur pour Carter Burwell, qui a cherché à exprimer le caractère dramatique de l’évènement sans tomber dans le sentimentalisme. Il explique : « J’ai mis du temps à composer la musique de cette séquence car je voulais qu’elle exprime un sentiment d'urgence mais également une certaine violence et une forme de désespoir. J’ai utilisé un mélange de mandoline, de percussions et de cordes, et la manière dont le morceau trouve écho dans le jeu des acteurs est très satisfaisante. »

Au fil de leurs collaborations, Carter Burwell et Martin McDonagh ont développé leur propre méthode de travail, qui consiste à s’isoler de toute influence extérieure. Le compositeur commente : « Nous travaillons en tête à tête, ce qui n’est pas toujours la manière de procéder au cinéma. Nous parlons de tout, juste lui et moi, personne d’autre n’intervient dans la conversation, ce qui rend le processus assez intime. Pour Martin comme pour moi, le plus important était de se focaliser sur le mélange de rage, de douceur et de chagrin de Mildred. »

Pour Graham Broadbent, ce mélange explosif – et le chemin incendiaire qu’il se fraie à travers Ebbing – est ce qui fait la force du film. « Il n’y avait aucun doute que cette histoire serait drôle parce que le scénario était hilarant et que nous avions rassemblé une distribution exceptionnelle. Mais tout au long de la production, Martin a pris soin de protéger la magnifique tristesse et l’amour de l’humanité qui parcourent le film, et c’est ce qui lui donne toute sa dimension. »

Pour Martin McDonagh, la trajectoire du film vers la lumière, aussi ténue et diffuse soit-elle, était inévitable car c’est ce qui le motive lui-même. Il conclut : « Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez optimiste dans l’entêtement de Mildred mais aussi dans la décence de Willoughby. La manière dont Frances interprète Mildred est poignante malgré la terrible épreuve qu’elle a vécue et l’incertitude qui entoure son combat. J’espère que les spectateurs seront émus et amusés, voire même qu’ils ressentiront par moment une pointe de colère. Mais j’aimerais avant tout qu’ils gardent le souvenir d’une histoire riche et inattendue. »

  
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